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Xylaire polymorphe, le champignon « doigt de l’homme mort »

Avec ses excroissances noires qui semblent sortir du sol comme des doigts carbonisés, le xylaire polymorphe (Xylaria polymorpha) possède tout ce qu’il faut pour alimenter quelques cauchemars forestiers. Il est surnommé « doigt du diable », « doigt de mort » ou encore « doigt de l’homme mort », une référence assez transparente à ses fructifications épaisses et souvent regroupées comme les doigts d’une main.

Malgré son allure peu engageante, ce champignon n’a rien de surnaturel. Il pousse principalement sur du bois mort ou en décomposition, parfois enterré sous le sol, ce qui donne justement l’impression que ses « doigts » surgissent directement de terre. Son rôle est principalement celui d’un décomposeur du bois, même si Xylaria polymorpha peut aussi, dans certaines circonstances, provoquer une pourriture des racines d’arbres vivants affaiblis.

Xylaire polymorphe, champignon noir en forme de doigts ressemblant à une petite main
Xylaire polymorphe dont plusieurs fructifications réunies évoquent une petite main noire. Crédit photo Michael Gäbler (CC BY 3.0).

À retenir

  • Le xylaire polymorphe porte le nom scientifique Xylaria polymorpha et appartient à la famille des Xylariaceae.
  • Ses fructifications en forme de massue mesurent généralement 3 à 8 cm de haut, avec de fortes variations de forme.
  • Le champignon pousse surtout sur le bois mort de feuillus, y compris les souches, racines et branches enterrées.
  • Les jeunes fructifications peuvent être blanchâtres ou gris-bleu avant de devenir progressivement brun foncé puis noires.
  • Sous sa surface noire, l’intérieur du champignon est étonnamment blanc et très coriace.
  • Il est généralement considéré comme non comestible.
  • « Doigt du diable » est un surnom ambigu : il désigne également très souvent Clathrus archeri, un champignon rouge aux longs bras tentaculaires.

Pourquoi le xylaire polymorphe ressemble-t-il à des doigts ?

Les parties visibles du champignon sont des stromas, des structures compactes dans lesquelles se développent les organes producteurs de spores. Chez Xylaria polymorpha, ils prennent généralement la forme de massues dressées, arrondies à leur extrémité et souvent regroupées.

Chaque « doigt » mesure le plus souvent entre 1 et 3 cm de diamètre et 3 à 8 cm de hauteur. Certains exemplaires peuvent cependant être plus grands, et leur silhouette est extrêmement variable. C’est précisément cette diversité qui explique le nom polymorpha, littéralement « de nombreuses formes ».

Lorsqu’ils apparaissent les uns contre les autres, certains spécimens composent une silhouette étonnamment proche d’une main humaine. La photographie de Michael Gäbler ci-dessus est particulièrement trompeuse : la petite « main » visible ne mesure en réalité qu’environ 2 × 2 cm.

La comparaison avec des doigts humains rappelle évidemment la main de Bouddha et ses étonnants quartiers en forme de doigts. Dans un cas, on peut en faire des zestes ; dans l’autre, mieux vaut se contenter de regarder.

Champignon doigt de l’homme mort


Champignon doigt de l’homme mort. Crédit photo ibogdan/DepositPhotos.

« Doigt du diable », « doigt de mort » , « doigt de l’homme mort » : attention aux surnoms

Le xylaire polymorphe circule sur Internet sous de nombreux noms évocateurs : doigt du diable, doigt de mort, doigt de l’homme mort, main des morts ou, en anglais, dead man’s fingers.

Le surnom « doigt du diable » pose néanmoins un problème de précision. Il est également très couramment utilisé pour un champignon totalement différent, Clathrus archeri. Celui-ci est rouge vif, possède plusieurs longs bras ressemblant aux tentacules d’une pieuvre et dégage une odeur destinée à attirer les insectes.

Le xylaire polymorphe est autrement plus discret : noir, compact, coriace et directement associé au bois.

Cette ambiguïté explique probablement pourquoi les recherches sur « champignon doigt du diable » font apparaître plusieurs espèces très différentes. Même le diable semble avoir du mal à tenir son catalogue de champignons à jour.

Xylaire polymorphe Xylaria polymorpha, champignon surnommé doigt de l’homme mort
Fructifications noires de Xylaria polymorpha. Crédit photo Luis Rubio-Yépez (CC BY 4.0).

Un champignon qui pousse sur le bois mort

Le xylaire polymorphe est principalement un champignon saprotrophe. Il se développe sur du bois déjà mort et participe ainsi à sa décomposition.

On le rencontre notamment sur des souches et racines de feuillus. Le hêtre fait partie de ses supports fréquents en Europe, mais le champignon peut se développer sur différents arbres à feuilles caduques.

Il arrive également que les stromas paraissent sortir directement du sol. Il ne s’agit généralement pas d’un champignon poussant simplement dans la terre : en creusant, on découvre souvent une racine, une souche ou un morceau de bois enfoui auquel il est relié.

En dégradant le bois, Xylaria polymorpha participe à un processus beaucoup plus vaste faisant intervenir de nombreux champignons, micro-organismes et petits animaux. C’est également le cas de l’Oreille-de-Judas, autre champignon à la forme anatomique assez troublante, qui pousse elle aussi sur le bois.

Xylaire polymorphe, le champignon « doigt de l’homme mort »


Xylaire polymorphe, le champignon « doigt de l’homme mort ». Crédit photo Rejdan/DepositPhotos.

Pourquoi certains xylaires sont-ils blancs et d’autres noirs ?

Toutes les photographies de Xylaria polymorpha ne se ressemblent pas, au point que les jeunes individus pourraient facilement passer pour une autre espèce.

Au début de leur développement, les stromas sont souvent grisâtres, blanchâtres ou légèrement bleuâtres. Leur surface peut être couverte d’une fine poudre claire constituée de conidies, des spores produites pendant la phase asexuée du champignon.

En vieillissant, cette couche claire disparaît. La surface devient progressivement brune puis presque entièrement noire, dure et légèrement granuleuse.

C’est donc le même champignon qui peut passer d’une sorte de petit doigt fantomatique couvert de farine à une extrémité noire évoquant un morceau de bois carbonisé. La métamorphose manque légèrement de glamour, mais elle est efficace.

Jeune xylaire polymorphe clair couvert de conidies avant de devenir noir
Jeunes xylaires polymorphes présentant une coloration claire caractéristique de leur phase de production de conidies. Crédit photo GLJIVARSKO DRUSTVO NIS (CC BY 2.0).

Un intérieur blanc caché sous la surface noire

L’aspect extérieur réserve une autre surprise. Lorsqu’un stroma mature est coupé, sa chair apparaît blanche, compacte et extrêmement coriace, en contraste complet avec son enveloppe noire.

Juste sous cette surface se trouvent de nombreuses petites cavités sphériques appelées périthèces. Elles peuvent apparaître en coupe comme une série de points sombres disposés près de la périphérie du champignon.

Ces minuscules chambres contiennent les structures qui produisent les spores sexuelles.

Xylaire polymorphe coupé montrant son intérieur blanc sous la surface noire
Xylaire polymorphe coupé, révélant sa chair blanche sous la surface noire. Crédit photo Salicyna (CC BY-SA 4.0).

Comment le xylaire polymorphe produit-il ses spores ?

Le cycle de reproduction de Xylaria polymorpha est particulièrement intéressant parce que le champignon peut produire deux types de spores selon son stade de développement.

Chez les jeunes stromas, la surface claire produit des conidies. Il s’agit de la phase asexuée.

Lorsque le champignon mûrit, les périthèces enfouis sous sa surface entrent en jeu. Ils contiennent des asques, de minuscules structures dans lesquelles se développent les ascospores.

Chaque périthèce communique avec l’extérieur par une petite ouverture appelée ostiole. Lorsque les conditions sont suffisamment humides, les spores matures sont expulsées puis transportées par l’air et la pluie.

Le stroma n’est donc pas, comme on pourrait le croire, une simple « réserve de spores asexuées » : c’est la grande structure dans laquelle se trouvent notamment les périthèces responsables de la reproduction sexuée.

Groupe de xylaires polymorphes noirs sur du bois en décomposition
Groupe de fructifications matures de Xylaria polymorpha. Crédit photo Björn S… (CC BY-SA 2.0).

Le xylaire polymorphe peut-il être dangereux pour un arbre ?

Voir ces doigts noirs apparaître au pied d’un arbre vivant peut naturellement susciter quelques questions.

Dans la plupart des descriptions mycologiques, Xylaria polymorpha est surtout observé comme décomposeur du bois mort. Cependant, le Service canadien des forêts documente également un pourridié xylarien provoqué par cette espèce sur différents feuillus.

Les arbres stressés, poussant dans des sols très humides ou dont le collet et les racines ont été blessés semblent particulièrement vulnérables. Des cas sont notamment signalés sur des érables, bouleaux, hêtres, frênes et ormes, ainsi que sur certains arbres fruitiers.

La présence du champignon ne signifie toutefois pas automatiquement qu’un arbre en bonne santé va dépérir. Lorsqu’il pousse sur une vieille souche, une racine morte ou un morceau de bois enterré, il remplit simplement son rôle habituel de décomposeur.

Ce comportement le distingue par exemple de la spectaculaire rouille du genévrier et ses masses gélatineuses orange, dont le cycle implique directement des plantes hôtes vivantes.

Le xylaire polymorphe est-il comestible ?

Non : le xylaire polymorphe n’est généralement pas considéré comme un champignon comestible.

Le principal problème est facile à comprendre lorsqu’on observe sa coupe : sa chair est particulièrement ferme, coriace et ligneuse. Elle n’a rien de la texture attendue d’un champignon destiné à finir à la poêle.

Les descriptions mycologiques de référence ne lui attribuent par ailleurs aucune odeur caractéristique. L’affirmation parfois répétée d’une odeur de noix de coco n’est pas suffisamment documentée pour être retenue.

Il ne faut pas davantage le présenter automatiquement comme un champignon fortement toxique : « non comestible » est ici la formulation la plus prudente.

À l’inverse, certains champignons à l’apparence autrement peu engageante sont réellement consommés, comme l’étonnante Oreille-de-Judas. Avec les champignons, le physique ne fait décidément pas tout.

Comment reconnaître Xylaria polymorpha ?

Plusieurs indices permettent d’orienter l’identification :

  • des fructifications dressées généralement hautes de 3 à 8 cm ;
  • une forme épaisse, irrégulière, en massue ou en doigt ;
  • une surface claire ou gris-bleu lorsqu’elles sont jeunes, puis brune à noire à maturité ;
  • une chair intérieure blanche et coriace ;
  • une croissance sur une souche, des racines, un tronc ou du bois de feuillu en décomposition, parfois enterré ;
  • des fructifications pouvant apparaître seules ou en groupes ressemblant à plusieurs doigts.

L’identification n’est toutefois pas toujours évidente. D’autres espèces du genre Xylaria peuvent présenter une silhouette proche.

L’une des confusions possibles est Xylaria longipes, généralement plus élancé et doté d’une partie basale plus longue et plus étroite. Pour les spécimens atypiques, l’examen microscopique des spores peut être nécessaire.

Un champignon très différent selon son âge

Cette capacité à changer d’apparence constitue probablement l’un des aspects les plus étonnants du xylaire polymorphe.

Un jeune individu pâle et couvert de conidies, un stroma brun en cours de maturation et une masse noire complètement développée peuvent sembler appartenir à trois espèces différentes.

Il partage ce talent pour les couleurs inhabituelles avec l’entolome de Hochstetter et son incroyable bleu turquoise, même si le xylaire termine pour sa part sa carrière chromatique dans un noir beaucoup plus funéraire.

Cette évolution explique aussi une partie des recherches et surnoms très différents associés à l’espèce. Selon son âge, le même champignon peut évoquer une massue, un doigt, un morceau de charbon ou une petite main émergeant du sous-bois.

Vidéo du champignon doigt de l’homme mort

Voici une petite vidéo montrant quelques un de ces champignons mains des morts en forêt:

Sources pour aller plus loin

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