Aller au contenu

Un requin de 3,5 mètres coincé dans un canal à Busan attire plus de 600 000 visiteurs

Depuis le 18 septembre 2026, un visiteur pour le moins inhabituel nage dans un étroit canal artificiel du North Port Waterfront Park de Busan, en Corée du Sud. Il mesure environ 3,5 mètres, possède une belle silhouette de squale et semble avoir beaucoup moins de facilité à quitter les lieux qu’à y entrer. Probablement un requin cuivre (Carcharhinus brachyurus), l’animal a rapidement reçu un surnom : Bukang-i, formé à partir de Bukhang, le « North Port » de Busan.

En quelques jours, le requin est devenu une véritable célébrité locale. Plus de 607 000 visiteurs avaient été comptabilisés dans le parc au soir du 28 septembre, tandis que les autorités tentaient toujours de le guider vers la mer. Une nouvelle opération menée le 29 septembre avec plusieurs embarcations et des jets d’eau n’a pas permis de le faire sortir : Bukang-i se trouvait encore dans le canal au soir du 29 septembre 2026.

Requin cuivre Carcharhinus brachyurus, même espèce que Bukang-i observé dans un canal à Busan
Un requin cuivre (Carcharhinus brachyurus) photographié à Gansbaai, en Afrique du Sud. Il s’agit de la même espèce que Bukang-i, et non du requin actuellement observé à Busan. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).

À retenir

Bukang-i est un requin cuivre d’environ 3,5 mètres observé depuis le 18 septembre 2026 dans un canal du North Port Waterfront Park à Busan. Les autorités sud-coréennes ont tenté à plusieurs reprises de le guider vers la mer, notamment avec cinq embarcations et des jets d’eau le 29 septembre, sans succès.
Son état était encore jugé stable, mais son séjour prolongé dans cet espace restreint inquiète en raison d’une possible baisse de ses réserves énergétiques. L’animal est parallèlement devenu une attraction exceptionnelle : plus de 607 000 visiteurs avaient été comptabilisés au 28 septembre et Bukang-i a même été nommé ambassadeur honoraire de Busan.

Comment ce requin est-il arrivé dans un canal de Busan ?

Bukang-i a été repéré pour la première fois le 18 septembre 2026 dans un canal artificiel du parc aménagé au bord de North Port, dans le district de Dong-gu.

Personne n’a évidemment pu suivre son trajet depuis la mer. Les spécialistes avancent donc une hypothèse plutôt qu’une certitude : le requin aurait pu poursuivre des poissons jusque dans le canal avant de perdre le chemin de la sortie.

Ce scénario est parfaitement compatible avec l’écologie du requin cuivre. L’espèce fréquente les eaux côtières et peut pénétrer dans de grandes baies ainsi que dans des zones très proches du littoral. Un port ouvert sur la mer avec des poissons à poursuivre n’est donc pas, pour lui, une frontière infranchissable.

Le véritable problème n’est finalement pas tellement qu’un requin ait pu entrer à North Port, mais qu’il ne semble plus parvenir à en sortir.

La vidéo officielle publiée par la ville permet de voir le véritable Bukang-i évoluer dans le canal :

Les animaux surgissant dans les canaux urbains ont décidément le don d’attirer les regards. À Freiburg, en Allemagne, un crocodile installé dans un canal étonne lui aussi les passants — à une différence de taille près : celui-ci est une sculpture, alors que Bukang-i est bel et bien vivant.

Une première tentative pour guider Bukang-i vers la mer

Les autorités maritimes ont rapidement essayé de pousser l’animal vers la sortie du canal, mais les premières interventions ont été interrompues afin de ne pas provoquer un stress excessif.

Le 28 septembre, la municipalité de Busan, la Busan Coast Guard, le National Institute of Fisheries Science et les autres organismes concernés ont défini une nouvelle stratégie, privilégiant toujours une sortie aussi peu invasive que possible.

Le lendemain matin, 29 septembre, une véritable opération de guidage a commencé.

Cinq embarcations de la police maritime et des services de secours ont été engagées. Leur principe était relativement simple : avancer lentement derrière Bukang-i tout en utilisant des pompes projetant de puissants jets d’eau, de manière à l’inciter à progresser vers l’ouverture donnant sur la mer.

Sur le papier, le plan avait du sens. Bukang-i avait toutefois manifestement une autre lecture du dossier.

Lorsqu’un bateau approchait, le requin se rapprochait des bords du canal, difficiles d’accès aux embarcations, puis accélérait et repassait derrière celles-ci en évitant les jets d’eau.

Après plusieurs heures de ce jeu de contournement, les autorités ont interrompu l’opération à 15 h 20.

Au soir du 29 septembre, Bukang-i se trouvait donc toujours dans le canal.

Un filet spécialement fabriqué pourrait être utilisé

Il n’est cependant pas question de laisser la situation s’éterniser.

Les autorités préparent désormais un filet fabriqué aux dimensions du canal, large d’environ 50 mètres et doté de mailles d’environ 10 cm. L’objectif n’est pas de capturer brutalement le requin, mais de limiter progressivement ses possibilités de retour en arrière afin de le guider vers la sortie.

Une nouvelle opération avait initialement été évoquée pour le 2 octobre, combinant éventuellement jets d’eau et filet. Les autorités ont toutefois indiqué que la préparation et les répétitions nécessaires pourraient modifier ce calendrier.

La prudence s’explique facilement : déplacer un requin de plusieurs mètres dans un espace étroit avec des bateaux et des filets peut rapidement devenir dangereux pour l’animal si l’intervention est mal exécutée.

Pourquoi le séjour prolongé du requin à Busan devient inquiétant

Une inspection menée par le National Institute of Fisheries Science a conclu que l’état de Bukang-i était encore stable le 28 septembre.

Mais les spécialistes soulignent qu’un séjour prolongé dans ce canal n’est pas souhaitable.

Le requin dispose d’un espace nettement plus restreint que dans son environnement naturel et, surtout, aucune activité alimentaire n’avait été observée depuis sa découverte le 18 septembre.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’il n’a absolument rien mangé : observer en permanence un requin évoluant dans une eau portuaire est évidemment impossible. Mais après près de deux semaines, le risque d’une diminution progressive de ses réserves énergétiques devient suffisamment sérieux pour justifier une intervention.

La ville de Busan elle-même indique que si son état demeure stable à court terme, une résidence prolongée dans le canal pourrait provoquer une baisse de sa condition physique.

Pour un animal migrateur normalement capable de parcourir de vastes secteurs côtiers, le studio avec vue sur North Port commence donc sérieusement à manquer d’espace.

Plus de 600 000 personnes venues voir le requin de Busan

Bukang-i aura au moins démontré qu’une attraction touristique n’a pas nécessairement besoin d’un service marketing très élaboré.

La fréquentation du North Port Waterfront Park a explosé après l’annonce de la présence du requin.

Selon la Busan Facilities Corporation, 607 074 visiteurs avaient été comptabilisés entre le début du comptage le 19 septembre et le 28 septembre à 18 heures.

Pendant quatre journées de la période de Chuseok, l’une des principales fêtes familiales de Corée du Sud, quelque 483 000 personnes sont venues dans le parc : 101 000 le premier jour, puis 136 000, 140 000 et 106 000 visiteurs.

À titre de comparaison, le parc accueille habituellement environ 2 000 visiteurs par jour pendant les jours fériés.

À certains moments, la présence de Bukang-i a donc multiplié la fréquentation quotidienne par plusieurs dizaines.

L’animal est devenu suffisamment populaire pour que Busan organise une consultation sur sa nomination comme ambassadeur honoraire. Plus de 8 200 personnes ont participé et 91 % se sont déclarées favorables à l’idée.

Bukang-i a officiellement reçu le titre le 29 septembre. Sans surprise, il ne s’est pas déplacé pour chercher son certificat : la mascotte de Busan, Boogi, l’a reçu à sa place.

Bukang-i est probablement un requin cuivre

Le National Institute of Fisheries Science sud-coréen a identifié l’animal comme étant probablement un requin cuivre, Carcharhinus brachyurus, appelé « bronze whaler » en anglais.

Il appartient à la famille des Carcharhinidae, celle des requins requiem, qui comprend de nombreuses espèces côtières.

Sa coloration explique assez bien son nom : le dos peut présenter des nuances gris-brun à bronze tandis que le ventre est nettement plus clair.

Les autorités ont évalué la longueur de Bukang-i à environ 3,5 mètres. Cette mesure doit être considérée comme une estimation réalisée sur un animal en mouvement plutôt que comme une mensuration scientifique : FishBase mentionne une longueur maximale documentée d’environ 3,25 mètres et un poids pouvant dépasser 300 kg.

Même en laissant quelques décimètres aux incertitudes de mesure, Bukang-i est donc manifestement un individu de belle taille.

À l’autre bout de l’échelle des curiosités chez les squales, certaines espèces ont développé des adaptations bien différentes : le requin-chabot ocellé peut pratiquement marcher avec ses nageoires, tandis qu’un étonnant requin nourrice orange a récemment illustré les anomalies de pigmentation possibles chez ces poissons cartilagineux.

Où vit le requin cuivre ?

Contrairement à certaines espèces strictement tropicales, le requin cuivre apprécie surtout les eaux tempérées et subtropicales.

Sa répartition est très vaste mais discontinue. On le rencontre notamment au large de l’Afrique australe, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, autour du Japon et de la Corée, le long d’une partie des côtes américaines ainsi que dans l’Atlantique oriental et en Méditerranée.

FishBase indique une présence depuis la surface jusqu’à environ 360 mètres de profondeur.

C’est également une espèce migratrice. Dans certaines régions, les populations se déplacent avec les saisons et avec les bancs de poissons dont elles se nourrissent.

Le requin cuivre consomme principalement des poissons pélagiques et de fond, des céphalopodes, des raies et de petits requins.

Cette préférence pour les bancs de poissons explique aussi pourquoi il peut s’approcher très près du littoral.

Pourquoi un requin cuivre peut-il entrer dans une baie ou un port ?

Voir un requin de 3 mètres entre deux quais peut sembler totalement anormal lorsqu’on imagine ces animaux uniquement au large.

Pour un requin cuivre, l’idée est pourtant moins extravagante qu’il n’y paraît.

L’espèce est considérée comme côtière et semi-pélagique. Elle fréquente les plateaux continentaux et peut entrer dans de grandes baies et des eaux proches du rivage. FishBase la signale même dans des environnements saumâtres.

Or les ports peuvent concentrer de nombreux poissons, notamment autour des ouvrages, des quais et des courants créés par leurs entrées.

Un prédateur suivant un banc peut ainsi s’engager dans un bras de mer ou un bassin artificiel sans avoir la moindre intention de devenir la vedette touristique d’une métropole de plusieurs millions d’habitants.

Le cas de Bukang-i reste exceptionnel par la durée de son séjour et la configuration très étroite du canal, davantage que par le simple fait qu’un requin cuivre se soit approché d’une zone portuaire.

Requin cuivre Carcharhinus brachyurus photographié à Okinawa au Japon


Un requin cuivre (Carcharhinus brachyurus) photographié à l’aquarium Churaumi d’Okinawa, au Japon. Crédit photo OpenCage (CC BY-SA 2.5).

Le requin cuivre est-il dangereux pour l’être humain ?

Le requin cuivre n’appartient pas au trio constitué par le grand requin blanc, le requin tigre et le requin bouledogue, espèces auxquelles sont attribuées une grande partie des attaques graves documentées.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un animal dépassant trois mètres puisse être traité comme une grosse sardine sympathique.

L’International Shark Attack File du Florida Museum of Natural History attribue actuellement à Carcharhinus brachyurus 16 morsures non provoquées confirmées dans le monde, dont une mortelle.

Ces chiffres restent très faibles rapportés à l’étendue de son aire de répartition et aux contacts possibles avec les humains. Ils montrent néanmoins qu’un grand requin cuivre doit être observé à distance et sans interaction.

À Busan, le risque est d’autant mieux maîtrisé que les visiteurs regardent Bukang-i depuis les berges du canal. Les autorités ont surtout dû gérer l’afflux considérable de spectateurs plutôt qu’une menace directe du requin pour le public.

Une espèce classée vulnérable

Le destin individuel de Bukang-i attire actuellement les regards, mais celui de son espèce mérite lui aussi un peu d’attention.

Le requin cuivre est classé « vulnérable » sur la Liste rouge de l’UICN. Comme beaucoup de grands requins, il possède un cycle biologique relativement lent et supporte mal une pression de pêche importante.

FishBase indique notamment une longévité maximale rapportée d’environ 30 ans et une très faible capacité de renouvellement de ses populations.

Cela donne une raison supplémentaire de privilégier une opération permettant au requin de retrouver la mer sans blessure.

Les requins peuvent d’ailleurs pousser la longévité beaucoup plus loin : le requin du Groenland pourrait vivre plusieurs siècles.

Requin cuivre Carcharhinus brachyurus nageant au large de Gansbaai en Afrique du Sud
Un requin cuivre (Carcharhinus brachyurus) attiré par un appât au large de Gansbaai, en Afrique du Sud. Il s’agit de la même espèce que Bukang-i, et non du requin observé dans le canal de Busan. Crédit photo Bernard DUPONT (CC BY-SA 2.0).

Bukang-i refuse toujours de quitter son canal

Mise à jour du 7 octobre 2026 : l’histoire de Bukang-i a connu un nouveau rebondissement, mais toujours pas de véritable dénouement.

Après l’échec de la première opération du 29 septembre, durant laquelle cinq embarcations avaient tenté de guider le requin vers la mer à l’aide de puissants jets d’eau, les autorités de Busan ont organisé une seconde tentative le 2 octobre.

Cette fois, un filet de 50 mètres de long et de 6,8 mètres de haut a été déployé dans le canal. L’objectif était de pousser progressivement Bukang-i vers la sortie sans le capturer ni le blesser.

L’opération a presque fonctionné : le requin a été conduit jusqu’à environ 150 mètres de la sortie du canal. Mais après près de deux heures d’efforts, le filet s’est accroché aux rochers du fond et l’intervention a dû être interrompue.

Bukang-i n’avait manifestement pas signé son ordre d’expulsion. Le lendemain, il a franchi le filet qui avait été laissé dans le canal et est retourné vers la partie intérieure du North Port Waterfront Park.

Les autorités ont depuis décidé de suspendre les nouvelles tentatives de sauvetage afin d’éviter de stresser davantage l’animal. Le National Institute of Fisheries Science continue toutefois de surveiller quotidiennement son état de santé et, au 6 octobre, aucun problème majeur n’avait été détecté.

La stratégie consiste désormais à attendre et à espérer qu’une modification des marées ou des courants permette au requin de retrouver de lui-même le chemin de la mer.

Près de trois semaines après son arrivée, Bukang-i est donc toujours dans son canal de Busan. Après avoir déjoué des bateaux, des jets d’eau et maintenant un filet géant, le requin semble pour l’instant nettement plus doué pour rester à North Port que pour en repartir.

Épilogue : Bukang-i quitte enfin le canal

Mise à jour du 21 octobre 2026 : après plus d’un mois passé dans le canal artificiel du North Port de Busan, Bukang-i en est finalement sorti.

Une troisième opération a été organisée ce 21 octobre par les autorités sud-coréennes. Cette fois, le dispositif associait notamment des filets fixés à des plateformes flottantes, des plongeurs et une surveillance par drones afin de guider progressivement le requin vers la sortie.

Après plusieurs heures d’efforts, l’opération a porté ses fruits : Bukang-i a été observé hors du canal dans les eaux du port de Busan. Sa sortie intervient 33 jours après sa première apparition dans le canal, le 18 septembre.

Il faut toutefois apporter une nuance importante : la sortie du canal est bien confirmée, mais pas encore son retour en pleine mer. Lors des dernières observations rapportées par les autorités, le requin se trouvait toujours dans la zone portuaire, devant un quai de North Port.

Il pourrait donc encore théoriquement revenir vers l’entrée du canal. Les autorités continuent de suivre ses déplacements afin de vérifier qu’il gagne réellement le large.

Après deux tentatives infructueuses, des jets d’eau, un immense filet et plus d’un mois à attirer les curieux, Bukang-i a donc franchi une étape décisive. Reste maintenant à savoir s’il tournera définitivement le dos à son improbable résidence de Busan pour reprendre le chemin de la pleine mer.

Sources pour aller plus loin

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

1 commentaire pour “Un requin de 3,5 mètres coincé dans un canal à Busan attire plus de 600 000 visiteurs”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *