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Rencontre avec un calamar géant [vidéo]

Un calamar géant vivant nage à quelques mètres de deux plongeurs, presque à la surface : la scène semble tout droit sortie d’un récit de monstre marin. Elle est pourtant bien réelle. Le 6 janvier 2023, Yosuke Tanaka et son épouse Miki ont rencontré cet impressionnant céphalopode près de Takeno, sur la côte de la mer du Japon.

L’animal appartient au genre Architeuthis, dont l’espèce actuellement reconnue est Architeuthis dux. Habituellement associé aux grandes profondeurs et aux « abysses » dans l’imaginaire populaire, le calamar géant est extrêmement rarement observé vivant par des plongeurs. Celui-ci semblait d’ailleurs affaibli et nageait lentement avant de repartir vers le large.

À retenir

  • La rencontre a eu lieu le 6 janvier 2023 près de Takeno, dans la ville de Toyooka, préfecture de Hyōgo au Japon.
  • Le calamar géant a été estimé à environ 2,5 mètres de long par le média japonais Marine Diving ; il n’a pas été capturé ni mesuré scientifiquement.
  • Architeuthis dux vit généralement dans les eaux profondes, souvent autour de 500 à 1 000 mètres selon le Smithsonian.
  • Le plus grand calamar géant scientifiquement documenté atteignait environ 13 mètres de longueur totale, tentacules compris.
  • Ses yeux peuvent approcher 30 centimètres de diamètre.
  • Le calamar géant est l’un des animaux ayant nourri l’imaginaire des monstres marins, mais aucune attaque de bateau par Architeuthis n’est documentée.
  • Le cachalot est l’un de ses principaux prédateurs connus.

Une rencontre exceptionnelle avec un calamar géant au Japon

Le 6 janvier 2023, Yosuke Tanaka, responsable du centre de plongée Dive Resort T-Style, reçoit l’appel d’un homme travaillant dans un magasin de pêche local : un « étrange calamar » a été aperçu près de la surface.

Tanaka se rend avec son épouse Miki près de la péninsule de Nekozaki, à Takeno, sur la côte de la mer du Japon.

Et l’animal est toujours là.

Il nage lentement à faible profondeur, suffisamment près du rivage pour que les deux plongeurs puissent entrer dans l’eau et l’observer directement.

Le média japonais Marine Diving, qui a recueilli le témoignage de Yosuke Tanaka, indique une longueur d’environ 2,5 mètres. Cette estimation doit être prise comme telle : le calamar n’a pas été sorti de l’eau ni mesuré.

Tanaka décrit des bras particulièrement épais et des yeux puissants. Il évoque surtout la chance exceptionnelle de rencontrer vivant un animal habituellement associé aux grandes profondeurs.

Le calamar paraît cependant en mauvaise condition. Il se déplace lentement et plusieurs observateurs ont relevé un aspect dégradé de sa peau. Après quelque temps près des plongeurs, il s’éloigne vers le large.

Il est donc plus prudent de parler d’un individu affaibli remonté inhabituellement près de la surface que d’un jeune calamar qui se serait simplement « égaré ».

Le calamar géant vit-il vraiment dans les abysses ?

Le calamar géant est très souvent présenté comme un calamar des abysses.

L’expression est parlante, mais elle mérite une nuance.

Selon le Smithsonian, les calamars géants sont généralement recherchés dans des eaux situées autour de 500 à 1 000 mètres sous la surface. Ils semblent notamment fréquenter les pentes continentales et insulaires et sont signalés dans de nombreuses régions océaniques du globe.

Ces profondeurs sont déjà plongées dans une obscurité considérable, mais elles ne correspondent pas forcément à la zone abyssale au sens océanographique strict, située beaucoup plus bas.

Autrement dit, Architeuthis dux est bien un animal des grandes profondeurs, mais « calamar géant des abysses » relève en partie du vocabulaire populaire.

Cela suffit toutefois largement à expliquer pourquoi il est si difficile à observer : descendre plusieurs centaines de mètres dans le noir complet pour attendre qu’un céphalopode discret passe devant une caméra n’est pas exactement l’équivalent marin de l’observation des canards au parc.

Architeuthis dux : quelle taille peut atteindre un calamar géant ?

Les récits parlant de calamars de 20, 30 ou même 50 mètres ont longtemps entretenu l’image du monstre marin.

Les données scientifiques sont moins extravagantes, mais l’animal reste colossal.

Le Smithsonian indique que le plus grand individu scientifiquement enregistré atteignait environ 13 mètres de longueur totale, tentacules compris.

La mesure est néanmoins délicate : les deux longs tentacules de capture sont très extensibles et peuvent être étirés après la mort. Les scientifiques accordent donc davantage de valeur à la longueur du manteau.

Le plus grand manteau correctement mesuré atteint environ 2,25 mètres.

Le calamar géant possède :

  • huit bras munis de ventouses ;
  • deux longs tentacules de capture utilisés pour saisir les proies ;
  • un puissant bec au centre des bras ;
  • une radula, sorte de langue couverte de minuscules dents ;
  • des yeux pouvant mesurer environ 30 centimètres de diamètre.

Ces yeux comptent parmi les plus grands du règne animal et permettent de détecter de très faibles sources de lumière dans les profondeurs.

Pour remettre ces dimensions en perspective, cette comparaison des tailles de créatures marines réelles permet de situer le calamar géant parmi quelques autres poids lourds des océans.

Spécimen de calamar géant Architeuthis dux capturé au large de la Louisiane
Spécimen de calamar géant Architeuthis dux capturé accidentellement par le navire de recherche NOAA Gordon Gunter au large de la Louisiane en 2009. Crédit photo NOAA / Paul Greenhall, Smithsonian Institution (CC0 1.0).

Pourquoi voit-on si rarement un calamar géant vivant ?

Pendant des siècles, presque toutes les informations disponibles sur le calamar géant provenaient d’animaux échoués, de restes remontés dans des filets ou de morceaux retrouvés dans l’estomac de prédateurs.

Une photographie prise à Logy Bay, à Terre-Neuve, en novembre 1873 illustre bien cette époque où les scientifiques découvraient surtout Architeuthis une fois l’animal mort. Les bras et les longs tentacules du spécimen avaient été disposés sur la baignoire du révérend Moses Harvey afin d’en montrer les dimensions.

Calmar géant de Logy Bay photographié à Terre-Neuve en 1873


Bras, tentacules et tête du calamar géant découvert à Logy Bay, à Terre-Neuve, photographiés en novembre 1873 sur la baignoire du révérend Moses Harvey. Image publiée dans The Wide World Magazine en 1899. Source Wikimedia Commons (domaine public).

Voir un Architeuthis vivant est une tout autre affaire.

En 2006, des chercheurs japonais ont réussi à ramener à la surface un calamar géant vivant après l’avoir attiré avec un appât.

En 2012, une équipe réunissant notamment le National Museum of Nature and Science du Japon et la chaîne NHK a obtenu les premières images largement reconnues d’un calamar géant filmé dans son environnement profond naturel.

Un autre individu a été filmé dans le golfe du Mexique en 2019 grâce au système Medusa, une caméra conçue pour observer les animaux des profondeurs en les perturbant le moins possible.

La rencontre de Takeno en 2023 reste donc très inhabituelle : cette fois, aucun submersible et aucune caméra descendue à plusieurs centaines de mètres. Deux plongeurs nagent directement à proximité de l’animal, près de la surface.

Les céphalopodes réservent régulièrement d’autres surprises, à des échelles beaucoup plus modestes, comme le curieux calmar porcinet ou le calmar fraise et ses étonnants yeux dépareillés.

Le calamar géant est-il le véritable kraken ?

Difficile d’observer Architeuthis dux sans penser au kraken, ce gigantesque monstre marin auquel les récits ont prêté la capacité d’engloutir des navires.

Les très grands céphalopodes réels ont certainement contribué à rendre crédibles certaines histoires de monstres marins. Des corps de calamars géants retrouvés sur les côtes ou aperçus à la surface pouvaient être particulièrement déroutants avant que leur existence soit scientifiquement établie.

Mais le calamar géant réel n’est pas le kraken des légendes.

Le Smithsonian souligne notamment qu’aucune attaque de navire par un calamar géant n’est connue dans la réalité.

La littérature a largement fait le reste. Dans Vingt mille lieues sous les mers, publié en 1870, Jules Verne met notamment en scène un gigantesque céphalopode attaquant le Nautilus.

Le véritable Architeuthis est beaucoup moins théâtral. C’est un prédateur de poissons et d’autres calmars vivant loin de la surface, pas une machine à couler les trois-mâts.

Il n’en a pas moins de quoi alimenter l’imagination avec ses tentacules de plusieurs mètres, son bec, ses énormes yeux et sa fâcheuse habitude de vivre là où personne ne peut facilement aller vérifier ce qu’il fait.

Le cachalot chasse-t-il réellement le calamar géant ?

Si le calamar géant est lui-même un redoutable prédateur, il peut aussi finir au menu d’un animal encore plus imposant : le cachalot.

Les scientifiques ont retrouvé à de nombreuses reprises des becs de calamars géants et d’autres restes non digérés dans l’estomac de cachalots.

Certains cachalots échoués portent également sur la peau de grandes marques circulaires compatibles avec les ventouses de très grands calmars.

Ces indices montrent que les deux animaux se rencontrent et que le cachalot chasse effectivement Architeuthis.

En revanche, malgré les innombrables illustrations montrant un cachalot aux prises avec un calamar géant, aucun de ces combats n’a été observé directement dans son intégralité.

Les données disponibles penchent assez nettement en faveur du cachalot : on retrouve régulièrement du calamar dans les cachalots, beaucoup moins l’inverse.

Les becs des céphalopodes sont particulièrement résistants à la digestion. Cela ne signifie toutefois pas qu’ils sont simplement « régurgités dans l’ambre gris ». Pour comprendre ce que devient réellement cette mystérieuse substance produite par certains cachalots, voir comment se forme l’ambre gris et pourquoi il est associé au système digestif du cachalot.

Un géant spectaculaire, mais pas un monstre mangeur d’hommes

Le contraste entre l’animal réel et sa réputation est finalement presque aussi intéressant que ses dimensions.

Architeuthis dux peut atteindre des longueurs impressionnantes, porte des centaines de ventouses armées de petits anneaux dentés et possède un bec capable de découper ses proies.

Mais tout ce que l’on connaît de son comportement indique surtout un animal profond, difficile à observer et peu enclin à venir chercher des humains à la surface.

Le Smithsonian estime par ailleurs que le calamar géant pourrait vivre seulement quelques années, probablement pas plus de cinq. Il atteint donc sa taille considérable extrêmement rapidement.

L’individu filmé à Takeno semblait quant à lui vouloir davantage s’éloigner des plongeurs que les attaquer.

Pour Yosuke et Miki Tanaka, la rencontre a surtout été un moment exceptionnel : se retrouver dans l’eau avec l’un des animaux les plus difficiles à observer de la planète, sans submersible ni vitre d’aquarium entre eux.

Le kraken peut rester dans les légendes. Le véritable calamar géant est déjà largement assez étrange.

Sources pour aller plus loin

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