À première vue, on jurerait que deux cascades se sont figées en plein mouvement sur le flanc d’une montagne mexicaine. À Hierve el Agua, dans l’État d’Oaxaca, ce ne sont pourtant ni de la glace ni des torrents pétrifiés, mais d’immenses dépôts minéraux construits lentement par le ruissellement d’eaux riches en carbonate de calcium.
Le décor est d’autant plus saisissant que ces formations dominent un ravin de plus de 200 mètres, tandis que plusieurs bassins occupent leur sommet. Hierve el Agua réunit ainsi géologie, baignade, panorama de montagne et vestiges d’un ancien système d’irrigation préhispanique dans un même paysage.
Vue générale de la cascade pétrifiée de Hierve el Agua et des montagnes environnantes, dans l’État d’Oaxaca au Mexique. Crédit photo LBM1948 (CC BY-SA 3.0).
À retenir
- Hierve el Agua se trouve dans l’État d’Oaxaca, au Mexique, dans la commune de San Lorenzo Albarradas.
- Le site comporte deux grandes formations minérales évoquant des cascades figées, hautes d’environ 30 et 12 mètres.
- Elles se sont formées par accumulation de dépôts laissés par une eau naturellement riche en carbonate de calcium.
- Les sources ne sont pas bouillantes : leur température se situe généralement autour de 22 à 25 °C.
- Les formations dominent un ravin de plus de 200 mètres de profondeur.
- Hierve el Agua conserve aussi un remarquable système d’irrigation préhispanique.
Comment se sont formées les cascades pétrifiées de Hierve el Agua ?
Malgré leur apparence, les cascades de Hierve el Agua ne sont ni de la glace ni d’immenses stalactites.
Les sources qui émergent au sommet de la falaise transportent des minéraux dissous, notamment du carbonate de calcium. Lorsque l’eau ruisselle sur le rebord puis s’évapore, une partie de ces minéraux reste déposée sur la roche.
Couche après couche, pendant de très longues périodes, ces dépôts ont recouvert la falaise de coulées blanchâtres et beige clair. Leur relief strié reproduit avec une étonnante précision l’aspect d’une chute d’eau.
Le phénomène se rapproche de celui qui construit les terrasses blanches de Pamukkale, le célèbre château de coton de Turquie, même si la morphologie du paysage est ici très différente.
Vue depuis le pied de l’une des cascades pétrifiées de Hierve el Agua, où les dépôts minéraux dessinent d’impressionnantes coulées verticales. Crédit photo Manuel Díaz (CC BY-SA 4.0).
Vue occidentale des formations rocheuses de Hierve el Agua, dont les stries donnent l’impression d’une chute d’eau figée dans la montagne. Crédit photo Laloixx (CC BY-SA 3.0).
Deux cascades minérales de 30 et 12 mètres
Le site touristique officiel de l’État d’Oaxaca distingue deux grandes cascades pétrifiées : la principale mesure environ 30 mètres de haut, la seconde près de 12 mètres.
Les sources situées au sommet continuent à laisser ruisseler de petites quantités d’eau sur les formations. Le phénomène géologique n’est donc pas totalement figé : de nouvelles couches minérales continuent très lentement à se déposer.
Sous leur rebord s’ouvre un ravin dépassant 200 mètres de profondeur. Vu depuis le fond, le contraste entre la roche claire et les montagnes environnantes explique pourquoi Hierve el Agua figure parmi les cascades et chutes d’eau les plus insolites, même si presque aucune eau ne chute réellement ici.
La grande cascade pétrifiée de Hierve el Agua dans les montagnes d’Oaxaca. Crédit photo panza-rayada (CC BY-SA 3.0).
Pourquoi Hierve el Agua semble-t-il bouillir ?
Le nom espagnol Hierve el Agua signifie littéralement « l’eau bout ».
Pourtant, inutile d’apporter les pâtes : les sources oscillent seulement autour de 22 à 25 °C, soit une température très éloignée de l’ébullition.
Le nom vient de l’aspect de certaines émergences. Des bulles peuvent donner l’impression que l’eau frémit lorsqu’elle remonte du sous-sol.
Il vaut donc mieux parler ici de sources minérales que de véritables sources chaudes. La différence est nette avec les Cascate del Mulino de Saturnia, où l’eau thermale arrive autour de 37 °C.
Des bassins au sommet des falaises
Une autre partie spectaculaire de Hierve el Agua se trouve au sommet de la falaise.
Sur l’esplanade appelée El Anfiteatro, l’eau des sources alimente plusieurs vasques et bassins. La roche claire, l’eau turquoise ou vert pâle et les montagnes sèches de l’arrière-plan donnent parfois au lieu des airs de piscine à débordement posée au bord du vide.
Certains bassins ont été aménagés pour accueillir les visiteurs, tandis que d’autres suivent les formes naturelles du travertin.
Un bassin de Hierve el Agua ouvert sur la vallée et les reliefs d’Oaxaca. Crédit photo happinesswithin (CC BY 3.0).
Un arbre se reflète dans l’un des bassins de Hierve el Agua, avec les reliefs d’Oaxaca en arrière-plan. Crédit photo naticastillog / Depositphotos.
Peut-on se baigner à Hierve el Agua ?
La baignade est possible dans les bassins ouverts aux visiteurs lorsque les conditions locales le permettent.
Il ne faut toutefois pas imaginer une station thermale classique : l’eau est seulement légèrement tiède et le site reste avant tout un environnement naturel de montagne.
Les installations touristiques comprennent notamment des sanitaires, des espaces ombragés et de petites fondas où manger.
Le bord des bassins constitue également l’un des points les plus photographiés de Hierve el Agua. Selon l’angle, l’eau semble se prolonger directement dans la vallée.
Les eaux vertes de Hierve el Agua au milieu des formations rocheuses et des montagnes d’Oaxaca. Crédit photo LifeSample / Depositphotos.
Un ancien système d’irrigation préhispanique
Hierve el Agua n’est pas seulement une curiosité géologique.
Le site conserve les vestiges d’un ancien réseau de canaux ayant servi à distribuer l’eau vers des terrasses agricoles. Le décret qui a créé le parc d’État en 1997 décrit ce système d’irrigation préhispanique comme exceptionnel et souligne également l’importance archéologique du lieu.
Ces ouvrages témoignent de la capacité des populations anciennes de la région à maîtriser une ressource particulièrement précieuse dans ces montagnes sèches.
Hierve el Agua est généralement associé à la culture zapotèque, profondément implantée dans les vallées centrales d’Oaxaca.
Un parc naturel protégé de plus de 4 000 hectares
Hierve el Agua a été classé Parc d’État en 1997.
L’aire protégée couvre officiellement environ 4 125 hectares sur le territoire de San Lorenzo Albarradas. Elle protège non seulement les formations minérales et les vestiges archéologiques, mais aussi l’environnement sec et montagneux qui les entoure.
Vue panoramique sur les formations naturelles et la vallée de Hierve el Agua, dans l’État d’Oaxaca. Crédit photo Fvaldezrom (CC BY-SA 4.0).
Où se trouve Hierve el Agua et comment y aller depuis Oaxaca ?
Hierve el Agua se trouve dans la commune de San Lorenzo Albarradas, près de San Isidro Roaguía, dans les vallées centrales de l’État d’Oaxaca.
Le site est généralement rejoint depuis Oaxaca de Juárez en passant par Tlacolula puis Mitla. Le trajet se termine par une route de montagne menant jusqu’au secteur touristique.
Depuis Oaxaca, il faut compter environ 70 kilomètres selon l’itinéraire choisi. Les visiteurs peuvent venir en voiture, utiliser les transports locaux depuis Mitla ou passer par une excursion organisée.
Les modalités d’accès et les droits demandés localement peuvent évoluer. Il vaut donc mieux ne pas se fier à l’ancien tarif de 25 pesos autrefois indiqué dans cet article et vérifier les conditions avant le départ.
Coordonnées GPS : environ 16°51′56″N, 96°16′34″O. Voici sa position sur Google Maps:
Vue récente de la cascade pétrifiée et du relief environnant à Hierve el Agua. Crédit photo Fabel134 (CC BY-SA 4.0).
Quand visiter Hierve el Agua ?
Le paysage change sensiblement selon les saisons.
Pendant la saison sèche, les montagnes prennent des teintes brunes et jaunes qui renforcent le contraste avec la blancheur des dépôts minéraux. Durant la saison des pluies, la végétation devient plus verte et l’ensemble paraît plus doux.
Pour les photographies, le début ou la fin de journée permettent généralement d’éviter une lumière trop verticale sur les formations claires.
Hierve el Agua fonctionne particulièrement bien visuellement parce qu’il associe sur une petite surface eau, travertin, ravin, montagnes et végétation sèche. Au Mexique, un autre contraste spectaculaire entre paysage et couleur se découvre à Las Coloradas et ses étonnants bassins roses du Yucatán.
Une cascade qui n’en est presque pas une
Hierve el Agua doit finalement une grande partie de son étrangeté à une contradiction : tout, dans sa forme, évoque une chute d’eau alors que le phénomène repose justement sur un écoulement très lent.
Chaque mince filet d’eau laisse derrière lui une quantité infime de minéraux. Répété sur de très longues périodes, ce mécanisme discret suffit à construire une falaise ressemblant à une cascade arrêtée en plein mouvement.
La géologie sait parfois prendre son temps pour fabriquer des effets spéciaux.
Hierve el Agua en vidéo
Voici une vidéo aérienne qui permet de mieux comprendre la disposition du site : les bassins au sommet, les formations minérales qui descendent le long de la falaise et le relief montagneux qui entoure Hierve el Agua.
Vue aérienne de Hierve el Agua, de ses bassins et de ses cascades pétrifiées dans l’État d’Oaxaca au Mexique.
Sources pour aller plus loin
- Secretaría de Turismo de Oaxaca — Hierve el Agua
- Gouvernement de l’État d’Oaxaca — aires naturelles protégées
- Décret de création du Parc d’État Hierve el Agua
- Wikimedia Commons — Hierve el Agua
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