Voici une légende islandaise aussi macabre qu’étrange : celle du Nábrók, ou Necropants, un pantalon magique qui aurait été fabriqué avec la peau d’un homme mort afin d’apporter la richesse à celui qui le portait.
Ce récit appartient au folklore de la sorcellerie islandaise, notamment associé aux croyances populaires du XVIIe siècle. À cette époque, l’Islande a connu une période difficile, marquée par la pauvreté, les catastrophes naturelles, les épidémies, les raids de pirates et une société très dure pour les plus modestes.
Dans ce contexte, certains récits de magie promettaient fortune, protection ou vengeance. Le Nábrók en est probablement l’un des plus sinistres exemples : un vêtement censé produire de l’argent de façon illimitée. Oui, même chez les sorciers, il y avait déjà des problèmes de pouvoir d’achat.
À retenir
Le Nábrók, aussi appelé Necropants ou “pantalon de cadavre”, est un objet du folklore islandais. Selon la légende, un sorcier devait fabriquer ce pantalon avec la peau des jambes d’un homme mort, puis y placer une pièce volée à une veuve pauvre et un signe magique appelé nábrókarstafur. Le seul exemplaire présenté au public est une reconstitution, exposée au Musée de la sorcellerie et de la magie islandaise à Hólmavík.
Le Nábrók ou Necropants, un rituel mythique
Dans la version la plus connue de la légende, le sorcier devait d’abord conclure un pacte avec un homme vivant. Celui-ci acceptait que sa peau soit utilisée après sa mort, à condition qu’il meure naturellement. Le détail est important : même dans une histoire aussi tordue, le folklore islandais gardait une certaine paperasse morale.
Après l’enterrement, le sorcier devait déterrer le corps et retirer la peau de toute la partie inférieure, de la taille jusqu’aux pieds, sans la déchirer. Une fois enfilé, ce pantalon de peau humaine était censé se fondre avec le corps de son nouveau propriétaire.
L’image est évidemment macabre, mais elle appartient au registre du mythe et de la sorcellerie populaire. Elle précède de plusieurs siècles les atrocités d’Edward Theodore Gein et ses objets en peau humaine, qui relèvent, elles, d’un fait criminel moderne et bien réel.
crédit photo Jennifer Boyer (CC BY-ND 2.0)
crédit photo Bernard McManus (CC BY 2.0)
Une pièce volée et un signe magique
Le rituel ne s’arrêtait pas au pantalon. Pour activer sa prétendue puissance, le sorcier devait voler une pièce à une veuve pauvre, puis la placer dans le scrotum du vêtement avec un parchemin portant le signe magique nábrókarstafur.
Selon la croyance, cette combinaison devait permettre au scrotum du pantalon de se remplir continuellement de pièces. Une promesse de richesse permanente, mais obtenue au prix d’un enchaînement de détails tellement sordides qu’on se dit qu’un petit travail saisonnier aurait peut-être été plus simple.
crédit photo Ræveðis (domaine public)
Un pantalon impossible à abandonner
La légende ajoutait une contrainte finale : le sorcier ne pouvait pas simplement retirer le Nábrók quand il en avait assez. Avant sa mort, il devait transmettre le pantalon à un nouveau propriétaire afin d’assurer le salut de son âme.
La transmission devait se faire selon un protocole particulier. Le nouveau porteur devait glisser une jambe dans le pantalon pendant que l’ancien propriétaire avait encore l’autre jambe dedans. Une passation de pouvoir assez inconfortable, mais parfaitement dans le ton de l’objet.
Cette idée donne au récit une dimension morale : la richesse magique n’est jamais gratuite. Elle demande un pacte, une profanation, un vol, puis une transmission forcée. Le “bon plan financier” commence donc à ressembler franchement à une malédiction avec couture intégrée.
Une légende exposée à Hólmavík
Tout ceci relève bien sûr du folklore. Il n’existe pas de preuve solide qu’un véritable Nábrók ait été fabriqué et porté par un sorcier islandais. Le célèbre pantalon visible aujourd’hui est une reconstitution, exposée au Musée de la sorcellerie et de la magie islandaise à Hólmavík, dans les Westfjords.
Le musée présente plusieurs récits liés à la sorcellerie islandaise, aux procès, aux signes magiques et aux croyances populaires du XVIIe siècle. Le Nábrók y occupe une place particulière, car il condense à lui seul la pauvreté, la peur, l’obsession de l’argent et l’imaginaire très noir de certaines légendes nordiques.
Dans le même esprit de sorcellerie présumée et de peur collective, découvrez aussi la maison et l’histoire des sorcières de Salem, autre épisode où croyances, accusations et panique sociale ont laissé une trace durable.
Vidéo sur le pantalon de peau humaine
Voici une petite vidéo sur le sujet de ces Nabrok, pantalon de sorcier d’Islande:
Sources pour aller plus loin
• Galdrasýning — site officiel du Museum of Icelandic Sorcery and Witchcraft à Hólmavík
• Westfjords Iceland — présentation du musée islandais de la sorcellerie et mention des necropants
• Visit Iceland — The Icelandic Sorcery and Witchcraft Museum
• Atlas Obscura — Necropants and Other Tales of 17th-Century Icelandic Sorcery
• Wikipedia — Nábrók, synthèse sur le folklore et la reconstitution exposée à Hólmavík



Ces histoires de sorcellerie sont d’autant plus terrifiantes que certains y ont cru. Peut-être qu’un fou se prenant pour un sorcier a fini en serial killer come Ed Gein.