Juste au nord-est de Burgas (Bourgas), sur la côte bulgare de la mer Noire, le lac Atanasovsko ou Atanasovo offre un paysage assez improbable : des bassins peu profonds dont l’eau peut passer du gris bleuté au rose soutenu, bordés de digues blanches de sel et fréquentés par des milliers d’oiseaux.
Mais ce « lac rose de Bulgarie » est plus complexe qu’une simple étendue d’eau colorée. Atanasovsko est à la fois une lagune hypersaline, une réserve naturelle, une saline exploitée depuis plus d’un siècle et un site majeur pour les oiseaux migrateurs. Et oui, il existe bien des bassins où l’on peut profiter de la saumure et de la boue, mais pas question de se jeter n’importe où dans la réserve avec sa serviette.
Salines du lac Atanasovsko avec la mer Noire en arrière-plan. Crédit photo Vammpi (CC BY-SA 3.0).
À retenir
- Le lac Atanasovsko se trouve immédiatement au nord-est de Burgas, sur la côte bulgare de la mer Noire.
- Le lac proprement dit couvre environ 17 km², mesure près de 9 km de long et seulement 30 cm de profondeur moyenne.
- Ses eaux roses sont liées à leur très forte salinité et notamment à la microalgue Dunaliella salina, riche en pigments caroténoïdes.
- Les salines, exploitées depuis 1906, produisent environ 40 000 tonnes de sel marin par an.
- Plus de 300 espèces d’oiseaux fréquentent le secteur et les premiers poussins de flamants roses jamais observés en Bulgarie y sont nés en 2024.
- Les bains se pratiquent dans des bassins aménagés des salines sud, et non librement dans la réserve naturelle.
Pourquoi le lac Atanasovsko devient-il rose ?
Le lac Atanasovsko est une lagune côtière extrêmement peu profonde : environ 9 km de long, jusqu’à 4,3 km de large et seulement 30 cm de profondeur moyenne. Sa superficie est d’environ 17 km². Le chiffre de plus de 7 200 hectares parfois associé à Atanasovsko correspond en réalité à la vaste zone protégée Natura 2000 comprenant le lac et les terrains environnants.
La route reliant Burgas à Varna traverse l’ensemble et sépare une partie nord d’une partie sud. Le lac est par ailleurs relié artificiellement à la mer Noire, dont l’eau alimente le système salinier.
Dans certains bassins, l’évaporation fait grimper la salinité à des niveaux extrêmes, dépassant localement 300 ‰. Peu d’organismes apprécieraient un tel bain de sel, mais quelques spécialistes s’y trouvent parfaitement à leur aise.
Parmi eux figure Dunaliella salina, une microalgue capable de vivre dans des eaux hypersalines et de produire de grandes quantités de caroténoïdes. Avec la concentration en sels et l’activité d’autres micro-organismes adaptés au sel, ces pigments contribuent aux teintes rouges et roses observées dans les bassins.
La couleur n’est donc ni permanente ni uniforme. Elle varie selon la salinité, l’évaporation, la température, la concentration des micro-organismes et la lumière. À quelques mètres de distance, deux bassins peuvent afficher des nuances totalement différentes.
Le lac Atanasovsko en Bulgarie. Crédit photo Professor Caretaker (CC BY-SA 4.0).
Ce phénomène rappelle celui de la Laguna Salada de Torrevieja, le célèbre lac rose espagnol, où salinité et micro-organismes produisent également des couleurs étonnantes. Même principe encore dans les bassins roses de Las Coloradas au Mexique.
Un lac salé exploité depuis plus d’un siècle
La couleur rose attire aujourd’hui les photographes, mais l’histoire moderne d’Atanasovsko est intimement liée au sel.
La transformation du lac en salines a commencé en 1906, lorsqu’une concession a été accordée pour construire des bassins d’évaporation. Les premiers travaux ont été interrompus pendant la Première Guerre mondiale puis endommagés par les intempéries. Le développement a repris dans les années 1920 et les salines du nord ont produit leur première récolte en 1934.
L’exploitation se poursuit aujourd’hui selon un système traditionnel de bassins, de canaux et de digues. Les salines produisent environ 40 000 tonnes de sel marin par an.
Ce qui pourrait sembler être une contradiction fonctionne ici d’une manière assez particulière : les installations nécessaires au sel ont créé une mosaïque de bassins et de digues qui fournit également des zones de repos et de nidification aux oiseaux. Atanasovsko est ainsi devenu un exemple rare de cohabitation entre activité salinière et conservation de la biodiversité.
Crédit photo d_zheleva/Depositphotos.
La moitié nord du lac a été classée réserve naturelle le 12 août 1980. Atanasovsko est ensuite devenu une zone humide d’importance internationale au titre de la convention de Ramsar le 28 novembre 1984. Aujourd’hui, le lac et ses environs appartiennent également au réseau européen Natura 2000.
Des flamants roses qui se reproduisent désormais en Bulgarie
Le lac Atanasovsko est aussi l’un des grands carrefours ornithologiques de la mer Noire. Il se trouve sur la Via Pontica, importante route migratoire empruntée par les oiseaux entre l’Europe et l’Afrique.
Plus de 300 espèces d’oiseaux ont été recensées dans le secteur. Pélicans, avocettes, échasses, sternes, oies et nombreux rapaces utilisent les bassins comme zone de repos, d’alimentation, d’hivernage ou de reproduction. Le lac ne gèle qu’au cours des hivers les plus froids, ce qui lui donne une importance particulière pour les oiseaux d’eau.
Mais ces dernières années, un nouveau pensionnaire a pris ses quartiers avec une certaine élégance : le flamant rose.
Le nombre de flamants fréquentant Atanasovsko a fortement augmenté et plus de 4 000 individus ont été comptés en novembre 2023. Une colonie d’environ 45 couples avait déjà tenté de se reproduire cette année-là, sans succès.
En juin 2024, changement de scénario : les ornithologues ont observé au moins trois jeunes flamants âgés d’environ une semaine. C’était la première reproduction réussie du flamant rose jamais enregistrée en Bulgarie.
Le lac rose avait donc fini par se procurer les oiseaux assortis.
Flamants roses et autres oiseaux sur le lac Atanasovsko en octobre 2020. Crédit photo Nikolay Doychinov / European Union (CC BY 4.0).
Peut-on se baigner dans le lac Atanasovsko ?
Oui, mais cette réponse mérite un gros astérisque salé.
Il ne s’agit pas de pénétrer librement dans la réserve naturelle ni de choisir au hasard un bassin rose pour y faire quelques longueurs. Les bains populaires de Burgas se pratiquent dans des bassins de saumure et de boue situés dans les salines sud, du côté de la mer.
Ces bassins sont traditionnellement fréquentés pour la balnéothérapie. La saumure très concentrée contient notamment des sels de sodium, de magnésium et de potassium, tandis que la boue noire résulte de l’accumulation de sédiments et de matière organique dans le milieu salin. Ces usages locaux ne doivent évidemment pas être transformés en promesse médicale universelle.
La municipalité de Burgas indique actuellement que l’accès public aux bassins de saumure est gratuit. Les conditions d’accès pouvant évoluer, mieux vaut tout de même les vérifier avant le déplacement.
La situation est donc très différente de Torrevieja, où la baignade dans la lagune rose est interdite.
Paysage rose du lac Atanasovsko et de ses salines près de Burgas, en Bulgarie. Crédit photo czamfir/Depositphotos.
Visiter le lac Atanasovsko depuis Burgas
Le lac se trouve à environ 4 km au nord-est du centre de Burgas. La partie sud est la plus simple à intégrer à une visite de la ville, notamment pour découvrir les salines, les bassins de saumure et les paysages roses.
Pour rejoindre les bassins de boue et de saumure en voiture, il faut prendre la direction de Sarafovo puis suivre l’accès aux Southern Salt Works. Une petite route longe le lac jusqu’à la barrière des salines. Il est possible de stationner à proximité puis de continuer à pied.
L’accès est également possible à vélo ou à pied depuis la plage de Burgas en remontant vers le nord.
Coordonnées GPS des bassins de saumure et de boue : 42.531953, 27.491792.
Il ne faut pas confondre ces coordonnées avec celles du lac lui-même. Pour localiser plus largement Atanasovsko :
Coordonnées GPS du lac : 42.581944, 27.470000. Voici la position sur Google Maps:
Pour les oiseaux, un observatoire se trouve sur la rive occidentale de la partie sud, à proximité de la sortie de Burgas vers Pomorie. En période de migration, le spectacle peut largement concurrencer les bassins roses eux-mêmes.
Enfin, inutile de programmer la visite en exigeant contractuellement un rose fuchsia. Comme pour beaucoup de lacs salés, la couleur varie avec les conditions. C’est précisément ce qui distingue Atanasovsko d’une piscine repeinte pour Instagram.
Lac Atanasovsko près de Burgas. Crédit photo Evgeni Dinev (CC BY 2.0).
Alt : Lac Atanasovsko près de Burgas en Bulgarie
Le lac Atanasovsko en vidéo
Moins uniformément rose bonbon que le célèbre lac Hillier d’Australie, Atanasovsko révèle surtout sa particularité dans la succession des bassins, les cristaux de sel, les oiseaux et les variations de couleurs.
Voici la vidéo déjà présente sur l’article :
Atanasovsko Lake 3. Crédit photo Professor Caretaker (CC BY-SA 4.0).
Sources pour aller plus loin
- Municipalité de Burgas – bassins de saumure et de boue des salines sud, accès, coordonnées et production de sel
- Municipalité de Burgas – dimensions du lac, réserve, oiseaux et observatoire ornithologique
- Bulgarian Biodiversity Foundation – présentation du lac Atanasovsko et de sa protection
- Bulgarian Biodiversity Foundation – salinité, lien avec la mer Noire et Dunaliella
- Bulgarian Biodiversity Foundation – première reproduction réussie des flamants roses en Bulgarie
- Bulgarian Biodiversity Foundation – zone Natura 2000 du lac Atanasovsko
- Convention de Ramsar – lac Atanasovsko







