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Le jardin du cratère de Wolfe Creek

Au bord du Grand Désert de Sable, dans le nord de l’Australie-Occidentale, le cratère de Wolfe Creek dessine un cercle presque parfait de près de 900 mètres dans la plaine rouge. Connu sous le nom de Kandimalal par le peuple Jaru, ce gigantesque cratère d’impact est l’un des mieux conservés de la planète.

Mais Wolfe Creek réserve une autre surprise. Alors que ses environs sont couverts de végétation adaptée à l’aridité, le fond de la cuvette abrite des acacias et des melaleucas qui profitent de conditions plus humides. Un étrange « jardin » naturel au fond d’un cratère météoritique, créé par une catastrophe survenue il y a environ 120 000 ans.

Vue du cratère de Wolfe Creek en Australie-Occidentale
Vue du cratère de Wolfe Creek en Australie-Occidentale. Crédit photo Happy Little Nomad (CC BY-SA 2.0).

À retenir

  • Le cratère de Wolfe Creek, ou Kandimalal, se trouve dans le nord de l’Australie-Occidentale, à environ 145 km de Halls Creek par la route.
  • Une étude publiée en 2019 estime son âge à environ 120 000 ans, contre 300 000 ans dans les anciennes estimations.
  • La météorite aurait mesuré environ 15 mètres de diamètre, pesé quelque 14 000 tonnes et frappé le sol à près de 17 km/s.
  • Le cratère mesure environ 880 à 900 mètres de diamètre, avec une largeur maximale estimée à 946 mètres.
  • Son centre abrite une végétation plus dense que les plaines environnantes, notamment des acacias et des melaleucas.
  • Le lieu est sacré et culturellement important pour les Jaru, qui le connaissent sous le nom de Kandimalal.

Une météorite de 14 000 tonnes lancée à 17 km/s

Pendant longtemps, Wolfe Creek a été présenté comme le résultat d’un impact remontant à environ 300 000 ans. Cette estimation est aujourd’hui dépassée.

Une équipe internationale dirigée par le géomorphologue Tim Barrows, de l’Université de Wollongong, a utilisé deux méthodes de datation : l’exposition des roches aux rayons cosmiques et la luminescence optiquement stimulée des sédiments. L’étude, publiée en 2019 dans Meteoritics & Planetary Science, situe l’impact à environ 120 000 ans.

L’objet responsable n’avait pourtant rien d’un astéroïde de cinéma capable d’anéantir une planète. Son diamètre est estimé à seulement 15 mètres environ. Avec une masse proche de 14 000 tonnes et une vitesse d’environ 17 kilomètres par seconde, il avait toutefois largement de quoi gâcher la journée de tout ce qui se trouvait dans les environs.

L’énergie libérée lors de l’impact est estimée à environ 0,54 mégatonne de TNT, soit plus de 500 kilotonnes.

Les chercheurs ont également reconstruit la forme initiale du cratère grâce à un modèle topographique 3D. Ils obtiennent un diamètre moyen d’environ 892 mètres et une largeur maximale de 946 mètres dans l’axe nord-est/sud-ouest. La cavité originelle aurait atteint environ 178 mètres de profondeur.

Depuis, sable et sédiments ont fait leur œuvre : quelque 120 mètres de matériaux auraient progressivement rempli la dépression.

Vue aérienne du cratère météoritique de Wolfe Creek en Australie


Vue aérienne du cratère météoritique de Wolfe Creek. Crédit photo Stephan Ridgway (CC BY 2.0).

Pourquoi y a-t-il un « jardin » au fond de Wolfe Creek ?

Depuis les airs, la différence saute aux yeux : le fond de Kandimalal est sensiblement plus végétalisé que certaines parties de la plaine environnante.

Le rebord du cratère porte surtout des graminées spinifex, des eucalyptus et différentes espèces de grevilleas adaptées aux conditions arides. En descendant vers le fond, la végétation change.

Une partie de la cuvette est occupée par un boisement clair dominé par Acacia ampliceps. Plus au centre, une zone riche en gypse, poreuse et ponctuée de dépressions, accueille notamment Melaleuca lasiandra, une espèce appréciant davantage l’humidité.

Ces arbres sont nettement moins présents dans les terrains secs entourant le cratère. Les pluies saisonnières et la configuration de la cuvette créent ainsi localement des conditions particulières.

Wolfe Creek n’est donc pas un jardin luxuriant au sens tropical du terme. Mais dans ce paysage rouge et sec, cette concentration de végétation au fond d’un trou creusé par une météorite il y a 120 000 ans produit un contraste assez remarquable.

Végétation au fond du cratère de Wolfe Creek en Australie
La végétation au fond du cratère de Wolfe Creek, avec la zone centrale plus humide. Crédit photo TerryT2 (CC BY-SA 4.0).

Kandimalal était connu bien avant 1947

On lit encore souvent que le cratère de Wolfe Creek a été « découvert » en 1947. Il s’agit uniquement de sa découverte par les scientifiques et Européens : les peuples aborigènes connaissaient le lieu depuis bien plus longtemps.

Pour les Jaru, propriétaires traditionnels de cette région, le cratère porte le nom de Kandimalal. Il occupe une place dans les récits, les chants et l’art de la région.

L’une des traditions racontées par les anciens évoque deux serpents arc-en-ciel traversant le désert. Ils auraient formé Wolfe Creek et Sturt Creek, tandis que l’un des serpents serait sorti du sol à l’endroit du cratère.

Un autre récit recueilli en 1999 auprès de l’ancien Jaru Jack Jugarie évoque une étoile devenue extrêmement chaude avant de tomber sur Terre dans une énorme explosion accompagnée de lumière, de bruit et de poussière.

Il serait tentant d’y voir le souvenir direct de l’impact météoritique. Avec un événement remontant à environ 120 000 ans, une telle conclusion serait cependant très spéculative : ces traditions doivent avant tout être considérées dans leur contexte culturel.

Du côté de la science occidentale, le cratère a attiré l’attention en 1947, lorsque le géologue Frank Reeves et ses compagnons l’ont observé depuis un avion pendant une reconnaissance du bassin de Canning. Une expédition terrestre a suivi environ deux mois plus tard et les premières descriptions scientifiques ont été publiées à la fin des années 1940.

Vue depuis le bord du cratère de Wolfe Creek en Australie-Occidentale


Vue depuis le bord du cratère de Wolfe Creek. Crédit photo Achim Güth (Kookaburra) (domaine public).

Un des grands cratères météoritiques les mieux conservés

Wolfe Creek est parfois présenté un peu rapidement comme « le deuxième plus grand cratère de météorite du monde ». La réalité est plus précise.

Il s’agit de l’un des plus grands cratères d’impact récents et bien conservés et, selon l’Université de Wollongong et le parc national, du deuxième plus grand cratère terrestre dans lequel des fragments de la météorite responsable ont été retrouvés, derrière Meteor Crater en Arizona.

Les débris métalliques ont subi une forte oxydation avec le temps. Des fragments et des masses riches en oxydes de fer ont néanmoins été retrouvés autour du cratère.

Vu du ciel, son contour presque circulaire tranche nettement avec la plaine. Wolfe Creek aurait d’ailleurs parfaitement sa place parmi ces découvertes insolites visibles sur Google Earth.

À l’inverse de Gara Medouar au Maroc, dont la silhouette rappelle un cratère sans être issue d’un impact météoritique, Kandimalal est bien une véritable cicatrice laissée par un objet extraterrestre.

Et si un objet similaire menaçait aujourd’hui la Terre, les astronomes disposent désormais de techniques inimaginables à l’époque de l’impact, comme l’a démontré la mission DART de la NASA destinée à tester la déviation d’un astéroïde.

Vue satellite du cratère de Wolfe Creek dans le désert australien
Le cratère de Wolfe Creek vu par le satellite Sentinel-2 au milieu des paysages arides d’Australie-Occidentale. Crédit image European Space Agency, contient des données Copernicus Sentinel modifiées (CC BY-SA 3.0 IGO).

Wolfe Creek et le film d’horreur Wolf Creek

Le nom du lieu a gagné une tout autre notoriété avec Wolf Creek, le film d’horreur australien réalisé par Greg McLean et sorti en 2005.

Le cratère existe donc bel et bien, même si le titre du film perd le « e » de Wolfe. L’histoire, elle, relève de la fiction.

Le film utilise le caractère extrêmement isolé de l’Outback et le cratère comme décor narratif. Des vues aériennes montrent le véritable Wolfe Creek, tandis qu’une grande partie du tournage a été réalisée en Australie-Méridionale.

Les phénomènes inquiétants et les pannes attribuées au lieu dans le film ne constituent pas une preuve d’une mystérieuse « activité électromagnétique » du cratère réel. Le cinéma d’horreur sait généralement se débrouiller tout seul pour rendre une panne de voiture nettement plus préoccupante qu’elle ne devrait l’être.

Wolf Creek est-il inspiré d’une histoire vraie ?

Pas directement. Les personnages et les crimes racontés dans Wolf Creek sont fictifs.

Le réalisateur s’est toutefois inspiré de plusieurs affaires criminelles australiennes, notamment des meurtres de routards commis par Ivan Milat. Ces crimes ne se sont pas déroulés au cratère de Wolfe Creek.

Le lieu est donc réel, le tueur Mick Taylor ne l’est pas.

Peut-on visiter le cratère de Wolfe Creek ?

Oui, mais Kandimalal se mérite un peu.

Le parc national du Wolfe Creek Meteorite Crater se trouve à environ 145 km de Halls Creek par la Tanami Road puis une route d’accès en gravier. Le trajet demande généralement deux à trois heures.

Les coordonnées du cratère sont approximativement 19°10′18″ S, 127°47′44″ E. Voici sa position sur Google Maps:

cratere de wolfe creek australie maps

La meilleure période pour le visiter se situe entre mai et octobre, pendant la saison sèche. Le parc précise que l’accès aux véhicules conventionnels est généralement possible uniquement pendant cette période.

Il n’y a pas d’eau potable disponible sur place : il faut donc prévoir des réserves suffisantes. Le secteur est isolé et l’administration du parc recommande même d’envisager l’utilisation d’une balise de détresse personnelle.

L’accès au parc est gratuit et un terrain de camping sommaire est disponible près du cratère, sans réservation.

Une marche d’environ 400 mètres aller-retour permet de gagner le sommet du rebord. La montée est courte mais raide et rocheuse.

En revanche, descendre à l’intérieur du cratère n’est pas autorisé : les pentes sont abruptes et les pierres instables.

Pour rester dans les paysages australiens capables de changer totalement d’apparence après quelques précipitations, on peut également découvrir les rares cascades qui apparaissent sur Uluru sous la pluie.

Vidéo de ce cratère verdoyant

Voici une petite vue de ce cratère étrange d’Australie, en vidéo:

Mini FAQ sur le cratère de Wolfe Creek

Quel âge a le cratère de Wolfe Creek ?

La meilleure estimation scientifique actuelle situe l’impact à environ 120 000 ans. L’ancienne estimation de 300 000 ans, encore visible sur de nombreux sites et documents touristiques, a été révisée par une étude publiée en 2019.

Quelle est la taille du cratère de Wolfe Creek ?

Le diamètre visible est généralement donné autour de 880 à 900 mètres. Une modélisation 3D publiée en 2019 a calculé un diamètre moyen de 892 mètres et une largeur maximale de 946 mètres.

Pourquoi le fond du cratère est-il plus vert ?

La topographie du cratère et les réserves d’humidité laissées par les pluies saisonnières favorisent une végétation différente de celle des plaines environnantes. Le centre accueille notamment des acacias et des melaleucas.

Sources pour aller plus loin

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1 commentaire pour “Le jardin du cratère de Wolfe Creek”

  1. Retour de ping : Santa Margarida, une chapelle dans un volcan - 2Tout2Rien

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