À Calpe, sur la côte méditerranéenne espagnole, La Muralla Roja ressemble à une forteresse rouge sortie d’un rêve géométrique. Conçu par l’architecte espagnol Ricardo Bofill, cet ensemble résidentiel mêle escaliers, patios, terrasses, passerelles et couleurs franches dans une composition qui donne rapidement envie de vérifier si l’on n’a pas pris la mauvaise porte dimensionnelle.
Le bâtiment, dont le nom signifie “la muraille rouge”, se trouve dans le quartier de La Manzanera, à Calp/Calpe, dans la province d’Alicante. Imaginé en 1968 et achevé en 1973, il est devenu l’une des œuvres les plus photographiées de Ricardo Bofill, avec ses murs rouges et roses à l’extérieur, ses escaliers bleus et violets à l’intérieur, et son allure de kasbah postmoderne face à la Méditerranée.
Crédit photo Cabrera Photo (CC BY-NC-ND 2.0).
À retenir
- La Muralla Roja est un ensemble résidentiel conçu par Ricardo Bofill, situé à La Manzanera, à Calpe, sur la Costa Blanca espagnole.
- Son architecture rouge, rose, bleue et violette évoque un labyrinthe géométrique, avec escaliers, patios, terrasses et passages imbriqués.
- Le bâtiment s’inspire notamment de la kasbah méditerranéenne et nord-africaine, réinterprétée dans un langage architectural postmoderne très coloré.
- Le lieu est très photogénique mais reste privé : il ne s’agit pas d’un musée en accès libre, même si certains appartements peuvent parfois être loués.
Un labyrinthe rouge posé face à la Méditerranée
La Muralla Roja n’est pas une muraille comme la Grande Muraille de Chine. Ici, pas de ligne défensive courant sur des montagnes, mais un immeuble d’habitation compact, presque sculptural, posé au-dessus de la mer.
Le bâtiment compte 50 appartements, organisés autour d’un plan complexe de patios et de circulations. Les passerelles, escaliers et plateformes relient les logements et les espaces communs, donnant au bâtiment cette impression de dédale vertical. On a parfois le sentiment que l’architecte a pris un escalier, l’a plié en quatre, puis lui a demandé de devenir une ville.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Le nom “muraille rouge” vient évidemment de la dominante extérieure : des tons rouges, roses et ocres qui contrastent avec le bleu de la mer et du ciel. À l’intérieur, les circulations se couvrent de bleus, de violets et d’indigos, créant des effets optiques très différents selon la lumière.
Ricardo Bofill et l’architecture comme décor habitable
Ricardo Bofill n’a jamais vraiment conçu l’architecture comme une simple boîte à logements. Dans plusieurs de ses projets, l’immeuble devient presque une petite ville : un système de passages, de vues, de volumes et d’espaces partagés.
C’est particulièrement visible dans Walden 7, son bâtiment-ville près de Barcelone, autre projet emblématique où les logements se combinent avec des circulations complexes et une réflexion sur la vie collective. La Muralla Roja travaille dans une veine proche, mais dans une version plus compacte, plus méditerranéenne, presque minérale.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Bofill a également marqué le paysage français avec des projets comme les Espaces d’Abraxas à Noisy-le-Grand ou le quartier Antigone à Montpellier. À Calpe, son langage est moins monumental que théâtral : il construit une architecture résidentielle qui fonctionne aussi comme un décor. Sauf qu’ici, le décor est habité, ce qui impose un minimum de respect aux chasseurs de selfies.
Une kasbah géométrique plutôt qu’un simple immeuble rouge
La Muralla Roja reprend l’idée de la kasbah, cette architecture méditerranéenne et nord-africaine faite de passages, de murs protecteurs, de patios et de circulations imbriquées. Bofill ne la copie pas : il la réinterprète avec une logique postmoderne, très géométrique.
Le plan repose sur une organisation en croix grecque, avec des modules qui se croisent et s’assemblent. Les tours de service, contenant notamment les cuisines et les salles de bain, se trouvent aux points d’intersection. Derrière l’impression de labyrinthe, il y a donc une vraie discipline géométrique. Ce n’est pas un bazar rouge, c’est un bazar rouge très bien organisé — nuance importante.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Cette relation entre géométrie, architecture et perception rappelle aussi la symétrie de Barcelone vue du ciel par Márton Mogyorósy, où les formes urbaines deviennent presque abstraites. Dans La Muralla Roja, la géométrie n’est pas vue du ciel : elle se parcourt à pied, marche après marche.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Couleurs, escaliers et patios : une architecture pensée pour la lumière
Les couleurs de La Muralla Roja ne sont pas seulement décoratives. Les rouges et roses extérieurs renforcent le contraste avec le paysage rocheux et maritime. Les bleus et violets des escaliers, patios et circulations créent au contraire un dialogue avec le ciel et la mer.
Selon l’heure, la lumière transforme complètement la lecture du bâtiment. Le matin ou en fin d’après-midi, les ombres soulignent les arêtes, les escaliers se découpent comme des formes graphiques, et les murs deviennent presque des aplats de peinture. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le lieu est devenu si populaire chez les photographes d’architecture.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
L’effet est très différent d’un château ou d’un palais historique comme l’Alcázar de Ségovie. Là où l’Alcázar joue sur la verticalité, la pierre et l’imaginaire médiéval, La Muralla Roja travaille plutôt la couleur, le béton, la répétition et la circulation. Deux manières très espagnoles de rappeler qu’un bâtiment peut avoir du caractère sans demander la permission.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Un immeuble résidentiel, pas un parc d’attractions Instagram
Le succès visuel de La Muralla Roja a un revers : beaucoup de visiteurs veulent entrer, photographier les escaliers, les patios, les toits, parfois comme si le bâtiment était un décor public. Or, il s’agit avant tout d’un immeuble résidentiel privé.
On peut admirer son architecture depuis les abords publics et certains points de vue extérieurs, mais l’accès intérieur est réservé aux résidents, à leurs invités, ou aux personnes disposant d’une autorisation. Certains appartements peuvent se retrouver ponctuellement en location, ce qui permet de découvrir le bâtiment légalement. En revanche, tenter de forcer l’entrée pour “juste une photo” reste une mauvaise idée, même si le mur est très photogénique et votre compte Instagram très motivé.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
L’adresse est Partida Manzanera, 3, 03710 Calp, Alicante, Espagne. Les coordonnées GPS sont environ 38.639244, 0.040688, soit 38°38′21.3″N, 0°02′26.5″E. Voici sa position sur Google Maps:
Pourquoi La Muralla Roja est si marquante
La force de La Muralla Roja tient à son équilibre étrange : c’est un bâtiment résidentiel, mais il ressemble à une sculpture habitée ; il est très géométrique, mais jamais froid ; il évoque une forteresse, tout en multipliant les ouvertures, les patios et les passages.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Son esthétique très reconnaissable a aussi contribué à sa notoriété récente. Les réseaux sociaux adorent les architectures immédiatement lisibles : une couleur forte, des lignes nettes, des escaliers qui semblent ne jamais finir. De ce point de vue, La Muralla Roja coche toutes les cases, mais elle ne se réduit pas à une belle image. C’est un projet de logement expérimental, pensé comme une petite communauté verticale, avec solariums, piscine en toiture et espaces communs.
Dans la famille des bâtiments espagnols qui ne passent pas inaperçus, on peut aussi citer Torres Blancas à Madrid, les tours blanches qui ne le sont pas, autre icône architecturale des années 1960. Décidément, l’Espagne a un petit talent pour nommer ses bâtiments avec une précision légèrement taquine.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Vidéos de La Muralla Roja
Pour compléter les images, voici une petite vue de ce complexe de Calp:
Et un petit retour d’expérience avec un couple ayant loué un appartement dans le complexe:
FAQ rapide
Où se trouve La Muralla Roja ?
La Muralla Roja se trouve à La Manzanera, à Calpe ou Calp, dans la province d’Alicante, en Espagne. Son adresse est généralement indiquée comme Partida Manzanera, 3, 03710 Calp.
Qui a conçu La Muralla Roja ?
La Muralla Roja a été conçue par l’architecte espagnol Ricardo Bofill et son Taller de Arquitectura. Le projet a été imaginé en 1968 et achevé en 1973.
Peut-on visiter La Muralla Roja ?
Non, pas comme un musée ou un monument public. La Muralla Roja est un immeuble résidentiel privé. On peut l’admirer depuis l’extérieur, mais l’accès intérieur est réservé aux résidents, à leurs invités ou aux personnes ayant une autorisation.
Pourquoi La Muralla Roja est-elle rouge, bleue et violette ?
Les rouges et roses de l’extérieur renforcent le contraste avec le paysage méditerranéen, tandis que les bleus et violets des escaliers et patios dialoguent avec le ciel et la mer. La couleur sert donc autant l’esthétique que la perception des volumes.
Combien d’appartements compte La Muralla Roja ?
Le complexe compte 50 appartements, organisés autour de patios, d’escaliers, de passerelles et d’espaces communs, avec notamment une piscine et des solariums sur les toits.
Crédit photo Sebastian Weiss (CC BY-NC-ND 4.0).
Sources pour aller plus loin
- ArchDaily — AD Classics: La Muralla Roja / Ricardo Bofill
- World-Architects — fiche projet The Red Wall / La Muralla Roja
- Public Delivery — informations pratiques sur La Muralla Roja
- Tourist Info Calpe — site officiel touristique de Calpe
- Sebastian Weiss — site du photographe
- Sebastian Weiss sur Behance — série photographique autour de l’architecture















