À l’ouest de Kyoto, un chemin disparaît entre des milliers de hautes tiges vertes qui filtrent la lumière et se rejoignent au-dessus des visiteurs. La forêt de bambous de Sagano, plus souvent appelée bambouseraie d’Arashiyama, forme l’un des paysages les plus reconnaissables du Japon.
Les photographies donnent parfois l’impression d’une forêt immense et silencieuse, perdue loin de la ville. La réalité est plus nuancée : le célèbre passage ne mesure que quelques centaines de mètres et se trouve dans l’un des quartiers les plus fréquentés de Kyoto. Il reste néanmoins possible d’y entendre le vent jouer dans les feuillages, à condition d’arriver avant que les perches à selfie n’entament leur migration quotidienne.
La forêt de bambous de Sagano à Kyoto. Crédit photo beggs (CC BY 2.0).
À retenir
- La forêt se trouve dans le secteur de Sagano, à l’ouest de Kyoto, au sein de la grande zone touristique d’Arashiyama.
- Les noms « forêt de bambous de Sagano » et « bambouseraie d’Arashiyama » désignent généralement le même lieu.
- Le chemin principal se situe à environ 10 minutes à pied de la gare JR de Saga-Arashiyama.
- L’accès à l’allée principale est gratuit, car celle-ci emprunte des voies publiques.
- Une promenade municipale voisine de 3 800 m² est ouverte habituellement de 9 h à 17 h.
- Les bambouseraies de Kyoto figurent parmi les 100 paysages sonores du Japon à préserver.
- Le meilleur moment pour profiter du lieu reste le début de matinée, avant l’arrivée des groupes.
Sagano ou Arashiyama : quel est le véritable nom de la forêt ?
Les deux appellations sont correctes, mais elles ne désignent pas exactement la même zone géographique.
Arashiyama correspond au vaste quartier touristique qui s’étend autour du pont Togetsukyo, de la rivière Katsura, des temples et des collines de l’ouest de Kyoto. Sagano désigne le secteur situé plus au nord, où passe la célèbre allée de bambous.
La forêt est donc située à Sagano, dans la zone touristique communément appelée Arashiyama. Les Japonais parlent notamment de Chikurin no Komichi, que l’on peut traduire par « petit chemin de la bambouseraie ».
Contrairement à ce qu’indiquent certaines descriptions, l’allée ne longe pas directement la rivière Katsura. Elle se trouve au nord du pont Togetsukyo, entre le temple Tenryu-ji, le sanctuaire Nonomiya et les jardins de la villa Okochi-Sanso.
Crédit photo cattan2011 (CC BY 2.0).
Un tunnel de bambous plus court qu’il n’en a l’air
Les cadrages photographiques et les hautes tiges donnent l’impression d’un chemin interminable. La portion la plus célèbre reste pourtant relativement courte et se parcourt en une quinzaine de minutes lorsqu’elle n’est pas encombrée.
L’intérêt ne réside donc pas dans la longueur de la promenade, mais dans son effet visuel. Les bambous poussent très près les uns des autres et leurs feuillages se rejoignent au-dessus du chemin. La lumière descend par petites nappes verdâtres tandis que les troncs verticaux semblent fermer le paysage de chaque côté.
Avec cette voûte végétale, Sagano rejoint naturellement les tunnels d’arbres qui donnent l’impression de traverser un passage vers un autre monde. Ici, aucune sorcellerie n’est officiellement signalée, seulement beaucoup de graminées particulièrement ambitieuses.
Les hautes tiges qui bordent le chemin d’Arashiyama. Crédit photo Blondinrikard Fröberg (CC BY 2.0)Deux promenades différentes au milieu des bambous
Les informations disponibles en ligne sur les horaires sont parfois contradictoires parce que deux espaces voisins sont régulièrement confondus.
Le Chikurin no Komichi, l’allée la plus photographiée, emprunte plusieurs voies publiques. Elle est reconnaissable à ses clôtures traditionnelles fabriquées avec de fines branches de bambou disposées horizontalement. Cette partie ne possède pas de guichet d’entrée ni d’horaire général de fermeture.
À proximité, la ville de Kyoto gère une autre promenade aménagée dans la bambouseraie. Celle-ci occupe environ 3 800 m² et se trouve dans le secteur historique protégé d’Ogura-yama. Elle est habituellement accessible de 9 h à 17 h, mais peut fermer sans préavis pour des raisons de gestion ou d’entretien.
L’allée principale reste gratuite. Certaines attractions situées autour du chemin, comme le temple Tenryu-ji ou la villa Okochi-Sanso, demandent en revanche un billet d’entrée.
Une forêt naturelle, mais entretenue par l’homme
La bambouseraie de Sagano ne constitue pas une forêt primaire demeurée intacte depuis la nuit des temps. Elle appartient à un paysage culturel entretenu, façonné par les temples, les anciennes propriétés et les activités artisanales de l’ouest de Kyoto.
Le bambou a longtemps fourni un matériau utile pour fabriquer des paniers, des clôtures, des ustensiles, des éléments de construction et divers objets du quotidien. Des boutiques spécialisées dans l’artisanat du bambou restent installées autour de Sagano et d’Arashiyama.
Une bambouseraie exige également un entretien régulier. Les nouvelles pousses apparaissent à partir d’un réseau de rhizomes souterrains et peuvent rapidement occuper l’espace disponible. Les tiges anciennes ou endommagées sont coupées afin de préserver la densité, la sécurité et l’aspect du paysage.
La conservation actuelle repose sur le travail conjoint des propriétaires, des habitants, des associations locales et de la ville de Kyoto. Sans cet entretien, le décor parfaitement vertical des photographies deviendrait assez vite un gigantesque jeu de Mikado végétal.
Crédit photo Ray in Manila (CC BY 2.0).
Pourquoi les clôtures sont-elles également en bambou ?
Le chemin principal est bordé de clôtures basses appelées takeho-gaki. Elles sont composées de petites branches et de brindilles de bambou assemblées horizontalement entre des montants.
Ces barrières empêchent les visiteurs de pénétrer entre les tiges, limitent le piétinement des sols et participent à l’identité visuelle du lieu. Elles montrent également que le bambou n’est pas seulement le décor de Sagano : il constitue aussi l’un de ses principaux matériaux d’aménagement.
La ville de Kyoto utilise même la présence de ces clôtures pour distinguer l’allée publique de la promenade municipale voisine, où les bordures sont différentes.
Crédit photo Los Paseos (CC BY-SA 2.0).
Le bruissement des bambous parmi les paysages sonores du Japon
L’intérêt de la forêt ne se limite pas à son apparence. Lorsque le vent traverse les feuillages, les feuilles froissent, les branches s’entrechoquent et les longues tiges se courbent en produisant des craquements sourds.
En 1996, le ministère japonais de l’Environnement a intégré les bambouseraies de Kyoto à sa sélection des « 100 paysages sonores du Japon à préserver ». Cette liste rassemble des sons naturels, culturels ou quotidiens considérés comme importants pour l’identité des régions japonaises.
Le classement ne concerne pas uniquement les quelques centaines de mètres du chemin touristique d’Arashiyama. Il englobe plus largement les bambouseraies de Sagano et de l’ouest de Kyoto.
Le document officiel recommande notamment le début de matinée entre mai et juin pour écouter ce paysage sonore. Encore faut-il que le vent participe et que les visiteurs acceptent de parler moins fort que les bambous, ce qui n’est pas toujours gagné.
Lorsque la lumière traverse les feuillages et que les tiges ondulent dans le vent, le lieu mérite aussi sa place parmi ces forêts réelles qui semblent sorties d’un conte.
Une atmosphère paisible… lorsque la foule le permet
La bambouseraie est régulièrement présentée comme un havre de silence et de méditation. Cette description correspond davantage aux photographies prises à l’aube qu’à une visite effectuée au milieu de la journée.
Arashiyama compte parmi les secteurs les plus fréquentés de Kyoto. Le chemin peut accueillir simultanément des groupes, des pousse-pousse, des photographes, des voyageurs en kimono et une quantité remarquable de téléphones tenus à bout de bras.
Pour découvrir le lieu dans de bonnes conditions, il est préférable d’arriver tôt le matin, idéalement avant 8 h. La foule augmente ensuite rapidement, en particulier pendant les week-ends, la floraison des cerisiers et la saison des feuillages d’automne.
Une visite sous une pluie légère ou pendant l’hiver peut également offrir une atmosphère plus calme. La pluie renforce les couleurs vertes et fait briller les tiges, à condition d’accepter que le romantisme japonais s’accompagne parfois de chaussures humides.
Graver son nom dans un bambou condamne parfois la tige
Certains visiteurs ont pris l’habitude de graver des noms, des initiales ou des messages dans les chaumes. Ces inscriptions ne disparaissent pas lorsque la surface cicatrise : le tissu endommagé ne retrouve pas son apparence initiale.
La ville de Kyoto indique que les bambous profondément marqués doivent parfois être coupés et évacués. Ce qui ressemble à un souvenir de quelques centimètres peut donc entraîner la disparition complète d’une tige haute de plusieurs mètres.
Il faut également éviter de franchir les clôtures, de toucher les jeunes pousses ou de bloquer durablement le chemin pour organiser une séance photographique. Le décor est superbe, mais il ne s’agit pas d’un studio privatisé par un filtre Instagram.
Comment aller à la forêt de bambous depuis Kyoto ?
L’accès le plus simple passe par la ligne JR Sagano. Depuis la gare de Kyoto, il faut rejoindre la gare de Saga-Arashiyama, puis marcher environ dix minutes jusqu’à la bambouseraie.
Deux autres lignes permettent de rejoindre le quartier :
La ligne de tramway Randen dessert la gare d’Arashiyama, située près du temple Tenryu-ji et du centre touristique.
La ligne Hankyu arrive également à une gare appelée Arashiyama, mais celle-ci se trouve de l’autre côté de la rivière Katsura. Il faut alors traverser le pont Togetsukyo avant de rejoindre le chemin de bambous.
Pour éviter les embouteillages, les autorités touristiques de Kyoto recommandent généralement le train plutôt que le bus, particulièrement pendant les périodes de forte fréquentation.
Quel itinéraire suivre dans la bambouseraie ?
Un parcours simple consiste à entrer par le côté du temple Tenryu-ji. Sa porte nord débouche presque directement dans la partie la plus connue du chemin.
Il est ensuite possible de rejoindre le sanctuaire Nonomiya, puis de continuer vers la villa Okochi-Sanso. Cette propriété aménagée par l’acteur japonais Denjirō Ōkōchi possède des jardins et plusieurs points de vue sur Kyoto.
Le retour peut passer par les rues de Sagano, la gare du train panoramique ou le pont Togetsukyo. Cette boucle permet de transformer la très courte traversée des bambous en une promenade de plusieurs heures.
À l’autre extrémité de Kyoto, le temple Kiyomizu-dera et sa grande terrasse de bois offrent un paysage très différent, mais tout aussi emblématique de l’ancienne capitale.
Crédit photo cattan2011 (CC BY 2.0).
Une bambouseraie plus calme à Nishikyo
Les visiteurs qui souhaitent réellement marcher longtemps entre les bambous peuvent se diriger vers Nishikyo, un secteur moins fréquenté de l’ouest de Kyoto.
Le parc de bambous Rakusai présente plus d’une centaine de variétés et possède un petit musée consacré aux usages de cette plante. Un sentier entretenu d’environ 1,8 kilomètre traverse les bambouseraies voisines.
Cette alternative reste beaucoup moins connue que Sagano et permet de découvrir le rôle économique et artisanal du bambou dans la région. Elle manque peut-être de célébrités sur les réseaux sociaux, mais elle compense avec davantage de mètres carrés disponibles par visiteur — une ressource devenue presque luxueuse à Kyoto.
Quelle est la meilleure saison pour visiter Sagano ?
La forêt de bambous reste verte toute l’année. Il n’existe donc pas de mauvaise saison absolue, mais l’atmosphère change selon les mois.
Au printemps, les jeunes feuillages produisent des verts lumineux. En été, la végétation est particulièrement dense, même si la chaleur et l’humidité peuvent rendre la promenade moins confortable.
À l’automne, les bambous restent verts tandis que les érables voisins prennent des couleurs rouges et orange. L’hiver offre une lumière plus froide, moins de feuillage autour du chemin et généralement un peu moins de visiteurs.
Dans un autre registre végétal japonais, la grande glycine du parc floral d’Ashikaga forme au printemps un immense plafond de fleurs violettes et roses.
Vidéo et son de la forêt de bambous de Sagano
Cette vidéo donne un aperçu du chemin et du bruit produit par les feuilles et les tiges lorsque le vent traverse la bambouseraie d’Arashiyama.
La lumière entre les tiges de la forêt de Sagano0. Crédit photo Iñaki Pérez de Albéniz (CC BY 2.0).
Questions fréquentes sur la forêt de bambous de Sagano
La bambouseraie d’Arashiyama est-elle gratuite ?
Oui, l’accès au chemin principal est gratuit. Les temples, jardins et propriétés privées situés autour de la bambouseraie peuvent en revanche être payants.
Combien de temps faut-il pour visiter la forêt de bambous ?
La traversée du chemin principal demande seulement 15 à 30 minutes. Il est préférable de prévoir deux à trois heures pour ajouter Tenryu-ji, Nonomiya, Okochi-Sanso ou le pont Togetsukyo.
Quelle est la différence entre Sagano et Arashiyama ?
Sagano désigne le secteur où se trouve le chemin de bambous. Arashiyama correspond à la zone touristique plus vaste qui englobe Sagano, le pont Togetsukyo, la rivière et plusieurs temples.
Peut-on visiter la forêt de bambous le soir ?
L’allée principale emprunte des voies publiques et ne possède pas de portail général. Elle est cependant très peu éclairée la nuit. La promenade municipale voisine ferme habituellement à 17 h.
Quel est le meilleur horaire pour éviter la foule ?
Le début de matinée, avant 8 h, offre généralement les meilleures conditions. Après 9 h ou 10 h, le nombre de visiteurs augmente rapidement.
La forêt se trouve-t-elle au bord de la rivière Katsura ?
Elle appartient au même secteur touristique, mais le chemin principal ne longe pas directement la rivière. Il se situe au nord du pont Togetsukyo, près du temple Tenryu-ji.
La bambouseraie figure naturellement parmi les paysages et curiosités qui donnent envie de découvrir le Japon, même si quelques minutes d’avance sur les groupes améliorent considérablement l’expérience.
Sources pour aller plus loin
- Office national du tourisme japonais — bambouseraie d’Arashiyama, localisation et accès
- Guide officiel de Kyoto — Saga, Arashiyama, fréquentation et préservation des bambous
- Ville de Kyoto — promenade municipale, superficie, horaires et distinction avec l’allée publique
- Ministère japonais de l’Environnement — les 100 paysages sonores du Japon à préserver
- Ministère japonais de l’Environnement — brochure officielle présentant les bambouseraies de Kyoto
- Guide officiel de Kyoto — bambouseraies de Nishikyo et parc de bambous Rakusai
- Office national du tourisme japonais — accès à Arashiyama par les lignes JR, Randen et Hankyu







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