Aller au contenu

Julia Pastrana, l’histoire tragique d’une femme exhibée puis enfin enterrée

Julia Pastrana, parfois appelée Juliana Pastrana en français, a longtemps été présentée sous un surnom cruel : “la femme la plus moche du monde”. Une formule brutale, née du monde des spectacles de curiosités du XIXe siècle, qui dit surtout beaucoup de choses sur le regard de l’époque.

Née en 1834 dans l’État de Sinaloa, au Mexique, Julia Pastrana souffrait d’hypertrichose, une pilosité excessive couvrant une partie importante du visage et du corps, ainsi que d’une hyperplasie gingivale, une augmentation anormale du volume des gencives. Ces particularités physiques ont été exploitées toute sa vie, puis même après sa mort.

juliana-pastrana-femme-plus-moche-du-monde-1

À retenir

Julia Pastrana était une artiste mexicaine du XIXe siècle, chanteuse et danseuse, exhibée aux États-Unis et en Europe sous des surnoms humiliants comme “femme singe” ou “femme ours”. Après sa mort à Moscou en 1860, son corps a été conservé et montré au public pendant plus d’un siècle. En 2013, ses restes ont finalement été rapatriés et enterrés à Sinaloa de Leyva, au Mexique, 153 ans après sa mort.

Une artiste mexicaine transformée en attraction

Julia Pastrana mesurait environ 1,34 mètre. Elle chantait, dansait et se produisait sur scène, mais les affiches et les organisateurs de spectacles ont surtout exploité son apparence. Au XIXe siècle, les “freak shows” et les cabinets de curiosités présentaient souvent des personnes atteintes de maladies rares ou de différences corporelles comme des attractions.

Le vocabulaire utilisé à son sujet était d’une violence extrême. Elle a été surnommée “la femme singe”, “la femme ours”, “la femme la plus laide du monde” ou encore “la femme la plus moche du monde”. Ces expressions ne décrivent pas Julia Pastrana : elles décrivent surtout une industrie du spectacle qui transformait des êtres humains en produits d’appel.

Dans un registre très différent, Clémentine Delait, célèbre femme à barbe des Vosges, a mieux réussi à contrôler sa propre image et sa notoriété. Le contraste entre les deux parcours montre combien l’autonomie change tout quand le corps devient un spectacle.

juliana-pastrana-femme-plus-moche-du-monde-2

Hypertrichose et hyperplasie gingivale

Les descriptions médicales modernes associent généralement Julia Pastrana à une forme d’hypertrichose congénitale, accompagnée d’une hyperplasie gingivale. L’hypertrichose provoque une croissance excessive des poils sur des zones du corps où cette pilosité n’est pas attendue, tandis que l’hyperplasie gingivale peut modifier l’apparence de la bouche et de la mâchoire.

Au XIXe siècle, ces conditions étaient mal comprises. Des médecins l’ont examinée, mais leurs conclusions ont parfois été utilisées à des fins publicitaires plutôt que scientifiques. Certaines affiches la présentaient presque comme une créature hybride, ce qui relevait évidemment de la mise en scène et non de la biologie.

Cette instrumentalisation du corps n’était pas rare. On la retrouve, sous d’autres formes, dans l’histoire de Mary Ann Bevan, autre femme exploitée sous le titre de “femme la plus laide du monde”. Là encore, le surnom a davantage servi à vendre des billets qu’à raconter une personne.

juliana-pastrana-femme-plus-moche-du-monde-3

Theodore Lent et l’exploitation de son image

La carrière de Julia Pastrana a été organisée par le showman Theodore Lent, qui l’a emmenée en tournée aux États-Unis puis en Europe. Elle se produisait sur scène, mais son apparence restait le cœur de la promotion. Les spectateurs payaient pour “voir” ce que les affiches leur promettaient comme un phénomène.

Theodore Lent a fini par l’épouser. Ce mariage n’a pas mis fin à son exploitation, bien au contraire. Les récits de sa vie montrent une confusion terrible entre vie privée, commerce, spectacle et contrôle du corps. Julia Pastrana était à la fois artiste, épouse, curiosité médicale et source de revenus.

Le XIXe siècle a souvent transformé les particularités physiques en marchandises. On le voit aussi avec Ella Harper, surnommée la fille chameau, ou, dans un registre moins tragique, avec les 7 sœurs Sutherland et leurs 11 mètres de cheveux. Dans ces récits, le corps et l’image deviennent déjà une affaire commerciale.

juliana-pastrana-femme-plus-moche-du-monde-4

Une mort à Moscou en 1860

Julia Pastrana est morte à Moscou en 1860, à l’âge d’environ 25 ans, après avoir donné naissance à un enfant qui présentait lui aussi des caractéristiques physiques similaires. L’enfant est mort peu après la naissance, puis Julia Pastrana est décédée de complications liées à l’accouchement.

Son histoire aurait déjà été tragique si elle s’était arrêtée là. Mais la suite a été encore plus glaçante. Son corps et celui de son enfant ont été conservés, puis exhibés au public comme des objets de spectacle. Même morte, Julia Pastrana n’a pas été laissée en paix.

Un corps exhibé pendant plus d’un siècle

Après sa mort, les corps de Julia Pastrana et de son enfant ont été conservés par des techniques d’embaumement et de préparation anatomique, souvent résumées à tort ou à raison sous le mot “momification”. Ils ont ensuite circulé pendant des décennies dans des musées, foires et spectacles.

Au XXe siècle, les restes de Julia Pastrana se sont retrouvés en Norvège. Leur exposition publique a fini par provoquer une indignation croissante. Dans les années 1970, les autorités norvégiennes ont mis fin à cette présentation au public. Son corps est ensuite resté conservé à l’Université d’Oslo, dans un contexte devenu de plus en plus problématique sur le plan éthique.

Le Comité national norvégien pour l’évaluation de la recherche sur les restes humains a finalement estimé que Julia Pastrana devait recevoir une sépulture digne. Le rapport rappelait que son histoire était marquée par une longue succession d’expositions, de classifications et d’observations, souvent sans respect pour la personne.

Enfin enterrée au Mexique en 2013

En février 2013, après de longues démarches menées notamment par l’artiste Laura Anderson Barbata et avec l’appui des autorités mexicaines et norvégiennes, les restes de Julia Pastrana ont été rapatriés au Mexique.

Elle a été enterrée à Sinaloa de Leyva, dans l’État de Sinaloa, 153 ans après sa mort. La cérémonie a marqué la fin d’un très long parcours posthume, durant lequel son corps avait été traité comme un objet de spectacle, de curiosité et parfois de recherche.

Le maire local a alors résumé l’enjeu avec une phrase forte : “Ne laissons plus jamais une femme être transformée en objet de commerce.” Difficile de faire plus juste.

Vidéo sur Julia Pastrana

Un résumé de la vie de Julia Pastrana et du long parcours posthume de son corps, en vidéo :


Sources pour aller plus loin

The Norwegian National Committee for the Evaluation of Research on Human Remains — Statement concerning the remains of Julia Pastrana
The Guardian — Mexican “ape woman” buried 150 years after her death
Laura Anderson Barbata — The repatriation and burial of Julia Pastrana
The Public Domain Review — Julia Pastrana: A “Monster to the Whole World”
Alter / OpenEdition Journals — Julia Pastrana, the “extraordinary lady”
Wikipédia — Julia Pastrana, synthèse biographique et bibliographie

Personne au physique atypique, découvrez également l’histoire de Claude-Ambroise Seurat, le squelette vivant.

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

5 commentaires sur “Julia Pastrana, l’histoire tragique d’une femme exhibée puis enfin enterrée”

  1. Retour de ping : Émilie Marie Bouchaud le tour de taille le plus petit du monde ← 2Tout2Rien

  2. non la femme la plus moche du monde n’est pas enterrée puisque je réponds!dommage que je ne puisse pas mettre une photo de moi pour vous le prouver

    1. Personnellement je n’ai pas honte. Cette dame a vécu de sa difformité durant toute sa vie, son titre de femme la plus laide du monde lui apportant les visiteurs. Ce n’est que lui rendre un peu hommage de lui restituer.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *