Aller au contenu

L’incroyable histoire de Hedviga Golik, la femme momifiée retrouvée près de 42 ans plus tard

Imaginez un appartement figé dans le temps, où la poussière s’est faite sédiment… et une femme retrouvée momifiée, plusieurs décennies après sa mort. Selon une version devenue célèbre, elle serait restée assise dans son fauteuil, une tasse de thé à côté d’elle, pendant 42 ans.

C’est l’étrange histoire d’Hedviga Golik, découverte en 2008 dans son appartement de Zagreb. Une histoire bien réelle, mais dont les détails les plus spectaculaires sont contredits par les premiers reportages croates.

Illustration de la légende de Hedviga Golik, femme retrouvée momifiée après plusieurs décennies, assise devant une télévision
Illustration générée par IA pour 2tout2rien, inspirée de la version médiatique de l’histoire. Elle ne représente pas la scène réelle de la découverte.

À retenir

  • Hedviga Golik, ancienne infirmière née en 1924, vivait seule dans un appartement de 18 m² à Zagreb, en Croatie.
  • Son corps momifié a été découvert en mai 2008, plusieurs décennies après sa disparition.
  • La date exacte de sa mort reste inconnue : les récits évoquent 1966 ou 1973, soit environ 35 à 42 ans avant la découverte.
  • Contrairement à la célèbre histoire du fauteuil devant la télévision, les premiers reportages croates indiquent que son corps a été retrouvé dans son lit.
  • Des conflits autour de la propriété de son appartement ont contribué à prolonger cette étrange situation.

Qui était Hedviga Golik ?

Née en 1924 à Fiume, aujourd’hui Rijeka en Croatie, mais alors dans le Royaume d’Italie, Hedviga Golik était infirmière de profession. Dans les années 1960, elle vivait dans un minuscule appartement mansardé de 18 m², situé au dernier étage d’un immeuble de la rue Medveščak, au numéro 77, à Zagreb.

Selon la presse croate de 2008, ce logement lui aurait été procuré par un ancien compagnon, gardien d’immeuble. Les circonstances exactes de cette relation et de l’attribution de l’appartement restent toutefois incertaines.

Isolée des autres habitants, elle menait une existence discrète, marquée par la solitude et des relations difficiles avec sa famille et ses voisins.

Selon les témoignages recueillis par le quotidien Jutarnji list en mai 2008, elle était perçue comme excentrique, parfois sujette à des accès de colère, ce qui avait accentué son isolement. Certains voisins lui attribuaient des troubles psychiques, mais aucun diagnostic médical fiable ne permet de confirmer leurs suppositions.

Une voisine, Katica Carić, a notamment raconté une curieuse habitude : Hedviga ne descendait même plus faire ses courses. Elle faisait descendre dans l’escalier, au bout d’une corde, un seau contenant de l’argent et une liste d’achats. Sa voisine effectuait les courses, puis Hedviga remontait les provisions jusqu’à son étage.

Cette organisation lui permettait de continuer à vivre presque sans contact direct avec les autres habitants.

Vue aérienne des quartiers de Medveščak et Maksimir à Zagreb en 2008
Vue aérienne des quartiers de Medveščak et Maksimir à Zagreb en 2008, année de la découverte du corps d’Hedviga Golik. Crédit photo Suradnik13 (CC BY-SA 3.0).

Une disparition passée inaperçue

Un jour, probablement entre 1966 et 1973, Hedviga Golik cesse de donner signe de vie. Elle serait morte chez elle, mais personne ne connaît précisément la date ni les circonstances de son décès.

Son appartement, situé au dernier étage et isolé des logements voisins, devient alors un tombeau silencieux.

Elle avait confié à certains qu’elle souhaitait partir pour un long voyage, alimentant la rumeur qu’elle aurait rejoint une secte religieuse en Macédoine. D’autres pensaient simplement qu’elle avait quitté Zagreb. Sa disparition ne suscite donc pas immédiatement d’inquiétude, et sa famille ne se manifeste pas.

Selon Jutarnji list, elle n’a jamais été officiellement déclarée disparue. Le quotidien évoque néanmoins des recherches informelles entreprises au début des années 1970 à travers la Yougoslavie, sans résultat.

Les années passent. L’appartement demeure fermé et les voisins commencent à se disputer sa propriété. Dès 1981, des habitants de l’immeuble participent au remboursement d’un crédit lié au logement, dans l’espoir d’en régler la situation juridique.

En 1998, un curieux avis présenté comme officiel apparaît même sur la porte, indiquant que personne ne peut disposer de l’appartement tant que les droits de propriété ne sont pas établis. Le document, attribué à une autorité municipale, présente une authenticité douteuse.

Pendant ce temps, Hedviga Golik est toujours à l’intérieur.

Illustration d'un intérieur ancien évoquant l'appartement de Hedviga Golik resté fermé pendant des décennies
Image d’illustration. Crédit magicinfoto (Depositphotos).

La découverte macabre de mai 2008

En mai 2008, soit entre 35 et 42 ans après la mort supposée de Golik, des représentants des habitants de l’immeuble décident de forcer la porte de son appartement dans le cadre de démarches liées à la propriété des logements.

Ce qu’ils découvrent est digne d’un film d’horreur figé dans le temps : dans le minuscule logement, des objets du quotidien témoignent d’une existence interrompue depuis plusieurs décennies.

Et surtout, ils découvrent le corps momifié de Hedviga Golik.

Le 13 mai 2008, le quotidien croate Jutarnji list précise que la dépouille repose dans le lit où la femme serait décédée. L’article situe alors sa mort vers 1973, soit environ 35 ans auparavant, lorsqu’elle avait 49 ans.

D’autres médias internationaux évoqueront pourtant une mort en 1966, à l’âge de 42 ans. Cette dernière chronologie est celle qui donnera naissance à la célèbre histoire de la femme retrouvée 42 ans après sa mort.

Autre détail étrange : l’électricité de l’appartement n’avait apparemment jamais été coupée. Selon les premières informations rapportées par Jutarnji list, les factures auraient été réglées pendant des années par un architecte de Zagreb, lui-même décédé environ trois mois avant la découverte. Les raisons de ces paiements restent obscures.

Quant au corps, les constatations médico-légales rapportées par la presse n’ont pas permis d’établir avec certitude la date du décès ni sa cause exacte.

Malgré plusieurs décennies passées dans cet appartement, le corps s’était naturellement momifié. Un état de conservation étonnant, même s’il n’atteignait pas celui de Rosalia Lombardo, la célèbre momie de Palerme qui semble cligner des yeux sous certains éclairages.

Selon les récits ultérieurs de l’affaire, Hedviga Golik a été inhumée dès le lendemain de la découverte. Aucun proche ne semble s’être manifesté publiquement pour réclamer sa dépouille, même si les informations disponibles ne permettent pas de reconstituer précisément les démarches funéraires.

Le fauteuil, la télévision et la tasse de thé : une histoire contestée

C’est l’élément le plus célèbre de l’histoire de Hedviga Golik : elle aurait préparé une tasse de thé, se serait installée devant son téléviseur noir et blanc et serait morte tranquillement dans son fauteuil, sans jamais terminer sa boisson.

Cette scène a été largement reprise sur Internet. Pourtant, elle ne correspond pas aux premiers témoignages publiés par la presse croate.

Le 13 mai 2008, Jutarnji list situe explicitement la découverte du corps dans un lit. Trois jours plus tard, le média canadien CityNews Toronto raconte au contraire qu’Hedviga a été retrouvée dans le fauteuil où elle regardait la télévision, après 42 années.

Les deux récits contradictoires existaient donc déjà en mai 2008, bien avant que les réseaux sociaux ne popularisent cette histoire.

La tasse de thé, le programme télévisé interrompu et le fauteuil sont devenus les détails emblématiques de l’affaire, mais ils ne sont pas corroborés par les premiers comptes rendus croates.

Le récit authentique est finalement moins cinématographique, mais peut-être encore plus troublant : une femme a réellement passé plusieurs décennies morte dans son appartement sans que personne ne découvre son corps.

Salon de style années 1960 illustrant l'époque de la disparition de Hedviga Golik à Zagreb
Intérieur évoquant les années 1960, image d’illustration. Crédit khorzhevska (Depositphotos).

Existe-t-il de vraies photos de Hedviga Golik ?

Les images les plus partagées montrent généralement une femme momifiée dans un fauteuil, parfois devant une télévision ancienne. Mais aucune photographie authentifiée de la scène de découverte n’a pu être identifiée parmi les sources consultées.

Les illustrations circulant sur Internet ne doivent donc pas être confondues avec des photographies prises par les enquêteurs en 2008. Certaines sont des reconstitutions artistiques ou des images générées par intelligence artificielle.

Un portrait d’une jeune femme brune portant des lunettes est également régulièrement présenté comme celui d’Hedviga Golik, sans que son attribution soit solidement documentée.

Une situation différente de celle des momies de l’église Sainte-Marie-du-Suffrage à Monopoli, en Italie, dont les dépouilles sont réellement exposées aux visiteurs.

Comment son corps a-t-il pu se momifier naturellement ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la conservation du corps de cette femme momifiée naturellement.

Lorsqu’une personne décède, les tissus commencent normalement à se décomposer sous l’action des bactéries, des enzymes et des organismes présents dans l’environnement. Mais lorsque certaines conditions ralentissent fortement ces processus, une momification naturelle peut se produire.

Un environnement relativement sec, associé à une circulation d’air suffisante, peut provoquer une dessiccation des tissus : le corps perd progressivement son eau, ce qui freine l’activité des micro-organismes responsables de la décomposition.

Le climat sec joue également un rôle dans la conservation de certaines momies Chinchorro du désert d’Atacama, même si celles-ci résultent aussi de pratiques funéraires élaborées.

Dans le cas d’Hedviga Golik, Davor Strinović, représentant de l’Institut de médecine légale interrogé par Jutarnji list en mai 2008, évoquait notamment le rôle possible de la circulation de l’air, des vêtements ou des couvertures et d’un décès survenu pendant la saison froide.

Il expliquait qu’un corps peut dégager des odeurs pendant plusieurs mois avant de se dessécher, tout en s’étonnant qu’aucun voisin n’ait remarqué la décomposition initiale.

Il est donc inexact de présenter un appartement hermétiquement fermé comme l’explication certaine de sa conservation.

Une momification involontaire bien différente de celle de Lady Dai, la momie chinoise exceptionnellement préservée dans une tombe soigneusement aménagée il y a plus de 2 000 ans.

Le mystère bureaucratique

Ce qui choque autant que la découverte, c’est le flou administratif qui a permis à cette situation de perdurer. Comment une personne peut-elle disparaître pendant plus de trois décennies sans que personne ne s’inquiète suffisamment de son sort pour ouvrir la porte de son logement ?

L’affaire se complique avec les questions de propriété de l’appartement, les factures d’électricité mystérieusement réglées et les démarches entreprises par les voisins pour obtenir des droits sur les lieux.

Selon une enquête publiée par Jutarnji list le 15 mai 2008, les désaccords entre habitants autour du logement auraient joué un rôle important dans cette situation. Plusieurs personnes espéraient pouvoir récupérer le minuscule appartement, sans parvenir à s’entendre sur son attribution.

L’étrange avis administratif de 1998 ajouté sur la porte témoigne de cette confusion. Pendant des années, l’appartement était ainsi au centre de préoccupations immobilières, alors que personne ne semblait vouloir vérifier sérieusement ce qui se trouvait derrière la porte.

Un mystère presque aussi déroutant que la momification elle-même.

Pile de dossiers administratifs illustrant les conflits de propriété autour de l'appartement de Hedviga Golik
Image d’illustration. Crédit stokkete (Depositphotos).

Une histoire aussi triste qu’étrangement poétique

Derrière le mystère et les détails spectaculaires, l’histoire de Hedviga Golik demeure avant tout celle d’une femme seule, oubliée pendant plusieurs décennies au cœur d’une grande ville.

Il n’y a pas forcément besoin de vivre dans une maison perdue sur l’île d’Elliðaey pour connaître un isolement extrême.

Et si la tasse de thé et le fauteuil appartiennent probablement davantage à la légende qu’à la réalité, un fait reste incontestable : Hedviga Golik a été retrouvée momifiée chez elle en 2008, bien des années après sa disparition.

Une fin tragique, un mystère administratif et une histoire que les décennies ont transformée en véritable légende urbaine.

Dans un autre registre de décès insolite, découvrez également Frank Hayes, le jockey qui a remporté une course de chevaux après sa mort.

Sources pour aller plus loin

Partager/Envoyer à une IA pour résumer :

7 commentaires sur “L’incroyable histoire de Hedviga Golik, la femme momifiée retrouvée près de 42 ans plus tard”

  1. Il semble y avoir une confusion concernant l’inspiration d’un épisode de la série « Les Contes de la crypte » par l’histoire de Hedviga Golik. En effet, la série originale a été diffusée de 1989 à 1996, tandis que le corps momifié de Hedviga Golik a été découvert en 2008, soit bien après la fin de la série. Par conséquent, il est peu probable qu’un épisode de la série ait été directement inspiré par cette histoire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *