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Ghazipur, la montagne d’ordures de Delhi presque aussi haute que le Taj Mahal

À l’est de Delhi, en Inde, une montagne de quelque 65 mètres de haut domine les quartiers environnants. Mais cette immense colline n’a rien de naturel : elle est constituée de déchets accumulés depuis plusieurs décennies. Il s’agit de la décharge de Ghazipur, l’une des plus impressionnantes montagnes d’ordures au monde, dont la hauteur approche celle du célèbre Taj Mahal.

Ouverte en 1984 et saturée dès 2002, cette décharge continue pourtant de recevoir des déchets. Incendies, effondrements et pollution rythment son histoire, tandis que les autorités tentent désormais de la faire disparaître. Un chantier colossal : en octobre 2026, plus de 6 millions de tonnes de déchets restaient encore à traiter.

Chiens au sommet de l'immense décharge de Ghazipur à Delhi en Inde
Des chiens au sommet de la montagne de déchets de Ghazipur, à Delhi, photographiés en 2013. Crédit photo FacetsOfNonStickPans (CC BY-SA 4.0).

À retenir

  • La décharge de Ghazipur, à l’est de Delhi, occupe environ 70 acres, soit 28 hectares, l’équivalent d’une quarantaine de terrains de football.
  • Sa hauteur, estimée à environ 65 mètres, approche celle du Taj Mahal, haut d’environ 73 mètres.
  • Ouverte en 1984, elle avait déjà atteint sa capacité théorique maximale en 2002.
  • Un glissement de déchets y a provoqué la mort de deux personnes en 2017 et plusieurs incendies importants ont touché le site.
  • Au 17 octobre 2026, environ 6,34 millions de tonnes de déchets restaient à traiter, avec un objectif de résorption fixé à décembre 2027.

Comment Ghazipur est devenue une montagne de déchets

La décharge de Ghazipur a été mise en service en 1984, dans la partie orientale de Delhi, près de la frontière avec l’État indien de l’Uttar Pradesh. À l’époque, le secteur était beaucoup moins urbanisé qu’aujourd’hui.

Le site était destiné à recevoir les déchets municipaux, mais la croissance de l’agglomération et les quantités d’ordures produites ont rapidement dépassé les capacités prévues. Dès 2002, la décharge était considérée comme saturée. Cela n’a pourtant pas empêché les camions de continuer à y déverser leur chargement.

Année après année, les détritus se sont accumulés en couches successives, formant une véritable colline artificielle. La montagne a notamment atteint environ 50 mètres en 2017, puis 65 mètres en 2019, une hauteur encore régulièrement citée dans les rapports récents.

Le surnom de « montagne d’ordures de Delhi » n’a donc rien d’exagéré. En revanche, les gros titres affirmant qu’elle dépasse le Taj Mahal demandent davantage de prudence : avec ses quelque 65 mètres, elle reste légèrement moins haute que le célèbre mausolée d’Agra, dont la hauteur est généralement donnée autour de 73 mètres.

Il existe un précédent historique assez étonnant : à Rome, le Monte Testaccio est une colline entièrement constituée de fragments d’amphores antiques. Mais contrairement à cette montagne de poteries vieilles de plusieurs siècles, Ghazipur concentre toutes sortes de déchets ménagers, notamment des matières organiques en décomposition et des matériaux susceptibles de polluer l’environnement.

Le problème dépasse d’ailleurs les seules dimensions de la décharge. Delhi appartient aux immenses agglomérations qui rassemblent des millions d’habitants, avec les difficultés considérables que représente la collecte et le traitement quotidien des déchets.

Voici une vue aérienne permettant de mesurer l’ampleur de cette montagne artificielle :

Incendies, effondrements et pollution : les dangers de Ghazipur

Une montagne de déchets n’est pas seulement une curiosité géographique. À Ghazipur, l’accumulation de millions de tonnes d’ordures entraîne des risques environnementaux et sanitaires majeurs pour les habitants des quartiers voisins.

La décomposition des matières organiques produit notamment du méthane, un gaz inflammable, ainsi que d’autres gaz responsables d’odeurs désagréables. Les incendies, favorisés par différents phénomènes dont l’accumulation de gaz et les sources d’ignition, peuvent libérer des fumées chargées de polluants.

Les eaux qui traversent les déchets peuvent également entraîner des substances polluantes sous forme de lixiviats. Leur gestion représente un enjeu important pour les sols et les eaux environnantes.

Le glissement meurtrier de septembre 2017

Le 1er septembre 2017, une partie de la montagne d’ordures s’est effondrée sur une route voisine et dans un canal.

L’accident a entraîné des véhicules dans les eaux et provoqué la mort de deux personnes. Plusieurs autres ont dû être secourues.

Cette catastrophe a mis en évidence l’instabilité de ces immenses masses de déchets, dont les pentes peuvent devenir dangereuses sous l’effet de l’accumulation, de l’humidité et des mouvements internes.

Un important incendie en avril 2024

Le 21 avril 2024, un nouvel incendie majeur a touché la décharge de Ghazipur. D’épaisses fumées se sont élevées au-dessus du site, provoquant des inquiétudes sanitaires dans les quartiers alentour.

Les habitants ont notamment signalé des difficultés respiratoires et des irritations liées à la fumée. Les feux de décharge sont particulièrement difficiles à maîtriser, car les foyers peuvent se développer à l’intérieur même des amas de déchets.

Des habitants qui vivent au pied de la montagne

Les conséquences ne se limitent pas aux épisodes les plus spectaculaires. Pour les riverains, la proximité de Ghazipur est une réalité quotidienne, entre odeurs, poussières, fumées et inquiétudes pour leur santé.

Dans un reportage publié par Sky News en mars 2025, Ibrahim Khan, 71 ans, habitant de Mulla Colony, racontait avoir vu la situation empirer au fil des années.

Il dénonçait les promesses politiques restées sans résultats suffisants et décrivait les difficultés respiratoires de nombreux habitants du quartier, évoquant également ses propres problèmes cardiaques et respiratoires.

Son témoignage illustre le décalage entre les annonces successives des autorités et la vie quotidienne de ceux qui habitent à proximité de cette montagne de détritus.

Voici le reportage de Sky News consacré à Ghazipur et à ses habitants :

Comment Delhi tente de faire disparaître sa montagne d’ordures

Contrairement à ce que laissait entendre la situation il y a quelques années, les autorités n’en sont plus seulement au stade des promesses. Des opérations de traitement des anciens déchets sont engagées depuis 2019, sous l’impulsion notamment du National Green Tribunal, l’instance judiciaire indienne chargée des questions environnementales.

La principale méthode employée est appelée biomining. Elle consiste à excaver les déchets accumulés depuis des décennies, puis à les trier et à les traiter pour récupérer différentes fractions.

Les installations utilisent notamment de grands tamis rotatifs, appelés trommels, pour séparer les matériaux selon leur taille et leur nature. Les opérations permettent de récupérer certains recyclables, des fractions combustibles pouvant servir de combustible dérivé de déchets, ainsi que des matériaux fins ou inertes dont l’utilisation et l’élimination doivent être contrôlées.

Le biomining ne fait donc pas disparaître magiquement les ordures : il faut encore trouver des débouchés appropriés pour les matériaux récupérés et traiter les résidus qui ne peuvent pas être valorisés.

Plusieurs millions de tonnes déjà traitées

Selon les autorités de Delhi, les travaux se sont accélérés en 2025 et 2026.

En juin 2026, la décharge contenait encore environ 6,67 millions de tonnes de déchets, après plusieurs campagnes de traitement. Les autorités annonçaient également avoir récupéré environ 20 acres de terrain, soit un peu plus de 8 hectares.

Un nouveau bilan communiqué le 17 octobre 2026 faisait état d’environ 4,58 millions de tonnes de déchets anciens déjà traitées, tandis que 6,34 millions de tonnes restaient à prendre en charge.

Ces chiffres correspondent aux bilans administratifs des opérations de résorption. Ils ne doivent pas être confondus avec les estimations historiques des quantités de déchets accumulées depuis l’ouverture du site.

Le problème : de nouveaux déchets continuent d’arriver

C’est l’un des principaux obstacles à la disparition de Ghazipur.

En juin 2026, environ 2 400 à 2 500 tonnes de déchets frais arrivaient quotidiennement sur le site depuis deux secteurs de Shahdara. Une part importante était dirigée vers une installation d’incinération avec valorisation énergétique, mais quelque 800 tonnes par jour continuaient alors de grossir les nouveaux dépôts, selon les chiffres communiqués aux médias indiens.

La situation crée un paradoxe : les machines travaillent à réduire les anciens amas pendant que les camions apportent de nouvelles ordures.

Aux difficultés de traitement s’ajoutent les périodes de mousson, qui peuvent ralentir les opérations, ainsi que la nécessité de disposer de suffisamment d’installations pour trier et valoriser les déchets.

La décharge de Ghazipur peut-elle disparaître d’ici 2027 ?

La Municipal Corporation of Delhi s’est fixé un objectif ambitieux : achever la résorption des déchets historiques de Ghazipur d’ici décembre 2027.

Cette échéance était toujours annoncée en octobre 2026, alors que les deux autres grandes décharges historiques de Delhi, Bhalswa et Okhla, faisaient elles aussi l’objet d’importants chantiers de traitement.

Mais la date reste un objectif administratif, et non une garantie. Les autorités ont déjà dû reporter plusieurs échéances concernant les montagnes de déchets de la capitale.

Pour réussir, il faudra à la fois accélérer le traitement des millions de tonnes restantes, maîtriser les résidus produits par les opérations et surtout empêcher que de nouveaux déchets continuent de s’accumuler au même endroit.

La disparition de la montagne ne signifierait pas non plus que toutes les conséquences environnementales de plusieurs décennies de dépôts seraient automatiquement effacées. Le contrôle des sols, des eaux et des éventuelles pollutions résiduelles restera un enjeu important.

Une montagne qui raconte les difficultés des grandes villes

Vue de loin, Ghazipur pourrait presque passer pour un relief naturel. De près, cette montagne montre surtout ce qui peut se produire lorsque la production de déchets dépasse durablement les capacités de leur traitement.

D’autres anciennes décharges ont connu des évolutions très différentes. En Californie, par exemple, Glass Beach est devenue une plage couverte de fragments de verre polis par les vagues, après avoir longtemps servi de dépotoir.

À Delhi, l’enjeu n’est pas de transformer les ordures en curiosité touristique, mais de récupérer durablement les terrains et de réduire les risques pour les habitants.

Si les travaux aboutissent, cette montagne artificielle pourrait enfin commencer à disparaître du paysage de Delhi. Reste à savoir si le calendrier annoncé pourra être respecté.

Sources pour aller plus loin

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