Sur les hauteurs du nord-ouest de Madère, entre Ribeira da Janela et le plateau de Paúl da Serra, la forêt de Fanal déroule un paysage assez improbable : de vieux arbres noueux émergent de prairies humides, leurs branches couvertes de mousses disparaissant parfois dans une brume épaisse. Par temps couvert, quelques dizaines de mètres suffisent pour que le décor prenne des airs de forêt oubliée depuis plusieurs siècles.
Fanal n’est pourtant pas seulement un joli décor à brouillard. Le site appartient à la Laurissilva de Madère, la grande forêt de lauriers indigène de l’île, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999. Cette végétation est le vestige d’un type de forêt qui couvrait autrefois une grande partie du sud de l’Europe et dont certaines silhouettes emblématiques, notamment les vieux tils Ocotea foetens, étaient déjà présentes avant l’arrivée des navigateurs portugais à Madère.
Vieux arbres de la forêt de Fanal enveloppés par la brume à Madère. Crédit photo Ralf Hüsges (CC BY 2.0).
À retenir
- Fanal se trouve dans le nord-ouest de Madère, sur les hauteurs de la municipalité de Porto Moniz.
- La forêt appartient à la Laurissilva de Madère, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999.
- L’UNESCO estime qu’environ 90 % de la Laurissilva protégée est une forêt primaire.
- Les arbres emblématiques de Fanal sont notamment des tils, Ocotea foetens, dont certains sont antérieurs à la colonisation portugaise de Madère.
- La Laurissilva couvre environ 15 000 hectares, soit près de 20 % de l’île.
- La brume n’est pas seulement photogénique : cette forêt joue un rôle majeur dans le cycle de l’eau de Madère.
Fanal, un morceau de l’ancienne forêt de lauriers de Madère
Fanal fait partie de la Laurissilva, ou forêt laurifère, qui subsiste principalement sur les versants humides du nord de Madère.
L’Institut des Forêts et de la Conservation de la Nature de Madère estime sa superficie à environ 15 000 hectares, soit approximativement 20 % de l’île. Elle se développe surtout entre 300 et 1 300 mètres d’altitude sur le versant nord.
L’UNESCO considère cette forêt comme le plus vaste vestige subsistant de Laurissilva et estime qu’environ 90 % de la zone classée est primaire. Fanal appartient donc à un ensemble forestier extrêmement ancien et remarquablement préservé, même s’il est plus juste de parler d’un secteur de la Laurissilva que de qualifier indistinctement chaque prairie et chaque arbre de Fanal de « forêt primaire ».
Ce type de végétation est une relique spectaculaire. Des forêts de lauriers comparables occupaient une partie importante du sud de l’Europe il y a environ 15 à 40 millions d’années. Les glaciations et les changements climatiques les ont ensuite fait disparaître d’une grande partie du continent, tandis que des fragments ont survécu dans les archipels de Macaronésie.
À l’échelle européenne, cette ancienneté rappelle, dans un tout autre contexte, la forêt de Białowieża et ses vastes peuplements anciens.
La forêt humide de Fanal sous un visage beaucoup plus vert, avec ses arbres moussus et ses fougères. Crédit photo Simo Räsänen (CC BY-SA 4.0).
Pourquoi les arbres de Fanal sont-ils aussi tordus ?
Les silhouettes les plus célèbres de Fanal appartiennent notamment au til, Ocotea foetens, une espèce de la famille des Lauracées. Autrement dit, lorsque l’on parle de « forêt de lauriers », il ne faut pas imaginer une version géante du petit laurier que l’on glisse dans une casserole.
Certains de ces arbres sont âgés de plusieurs siècles. Visit Madeira indique même que plusieurs spécimens étaient déjà présents avant la découverte et la colonisation de l’archipel par les Portugais au XVe siècle.
Leur aspect noueux résulte d’une combinaison de facteurs : âge, exposition, humidité permanente, croissance lente et conditions météorologiques parfois rudes sur les hauteurs de l’île. Les troncs peuvent se diviser en formes massives et irrégulières tandis que les grosses branches s’étendent presque horizontalement.
À l’autre bout du monde, le vent produit des formes encore plus extrêmes sur les arbres complètement couchés de Slope Point en Nouvelle-Zélande. À Fanal, le résultat est moins discipliné : chaque arbre semble avoir négocié sa croissance directement avec la météo.
Vieux laurier aux branches tordues dans la forêt de Fanal à Madère. Crédit photo Florian Meißner (CC BY 2.0).
Quand la brume transforme complètement la forêt de Fanal
Fanal doit une bonne partie de sa réputation photographique au brouillard qui enveloppe régulièrement ses arbres.
Dans ces moments-là, les troncs les plus éloignés disparaissent dans le gris, la profondeur du paysage se réduit brutalement et quelques arbres isolés peuvent donner l’impression qu’il n’existe plus rien au-delà de la prairie.
Cette ambiance rapproche visuellement Fanal de Wistman’s Wood, le petit bois moussu du Dartmoor, même si les deux écosystèmes sont très différents.
Mais la brume n’est pas là uniquement pour faire plaisir aux photographes. La Laurissilva joue un rôle essentiel dans l’équilibre hydrologique de Madère. Les arbres, mousses et autres végétaux captent une partie de l’humidité transportée par les nuages et contribuent à alimenter les sols et les ressources en eau.
Cette humidité presque permanente favorise aussi les mousses, lichens, fougères et autres épiphytes qui recouvrent les troncs et les branches.
Arbres de la forêt de Fanal disparaissant dans la brume à Madère. Crédit photo Florian Meißner (CC BY 2.0).
Une biodiversité propre à Madère
La Laurissilva ne vaut pas seulement pour ses arbres. Elle abrite de nombreuses espèces endémiques de l’archipel.
Parmi les oiseaux les plus emblématiques figure le pigeon trocaz (Columba trocaz), étroitement associé à cette forêt et important pour la dispersion des graines de plusieurs arbres.
Le pinson présent à Madère n’est pas le pinson des Açores cité dans l’ancienne version de cet article. Il est aujourd’hui reconnu sous le nom de pinson de Madère, Fringilla maderensis, une espèce endémique de l’île.
La flore possède elle aussi ses particularités. L’ancienne Isoplexis sceptrum, spectaculaire plante endémique aux fleurs orangées, porte aujourd’hui le nom botanique accepté Digitalis sceptrum. L’ancien nom reste toutefois encore fréquemment utilisé.
Cette richesse explique pourquoi la Laurissilva est protégée à plusieurs niveaux : patrimoine mondial, parc naturel et réseau Natura 2000.
Un grand laurier de Fanal alors que la brume gagne progressivement la prairie. Crédit photo Gerda Arendt (CC0).
Comment découvrir la forêt de Fanal ?
Fanal se situe dans la municipalité de Porto Moniz, entre Ribeira da Janela et le plateau de Paúl da Serra. Le secteur est accessible par la route régionale ER 209 et peut donc être découvert sans nécessairement parcourir une longue randonnée.
Pour ceux qui souhaitent marcher davantage, deux itinéraires officiels traversent ou rejoignent la forêt.
Le PR13 – Vereda do Fanal mesure 10,8 km. Il relie Assobiadores à Fanal, avec environ quatre heures de marche et une difficulté annoncée comme moyenne. Son altitude varie approximativement entre 1 130 et 1 420 mètres.
Le PR14 – Levada dos Cedros part de Fanal et rejoint Curral Falso. Il mesure 7,2 km pour environ trois heures de marche et traverse une partie de la Laurissilva en suivant l’une des anciennes levadas de Madère.
Au moment de cette mise à jour, les deux itinéraires sont annoncés ouverts par Visit Madeira et l’accès est affiché à 4,50 € pour les visiteurs de plus de 12 ans. Ces conditions pouvant changer, mieux vaut vérifier le statut officiel du sentier juste avant le départ plutôt que de faire confiance à un article retrouvé six mois plus tard dans un onglet oublié.
Fanal possède aussi une petite lagune saisonnière installée dans une ancienne dépression volcanique. Le secteur est classé « réserve de repos et de silence » par le parc naturel de Madère, une expression assez bien choisie lorsqu’aucun groupe de randonneurs n’a décidé de tester son haut-parleur Bluetooth.
La petite étendue d’eau de Fanal, visible lorsque les conditions sont suffisamment humides. Crédit photo Gerda Arendt (CC0).
Une forêt spectaculaire avec ou sans brouillard
Les photographies les plus connues montrent presque toujours Fanal noyé dans le brouillard. Pourtant, le paysage reste remarquable lorsque la brume disparaît : prairies vertes, fougères, troncs massifs et arbres isolés composent alors un décor beaucoup plus lumineux.
Ce contraste explique sans doute une partie de l’attrait du lieu. Fanal peut changer de visage en quelques minutes et il n’existe pas réellement une seule « bonne » météo pour le découvrir.
Avec ses arbres anciens et ses silhouettes improbables, il mérite largement sa place parmi ces forêts réelles qui semblent sorties d’un conte. Mais derrière l’ambiance féérique se trouve surtout un écosystème ancien, fragile et particulièrement important pour Madère.
Un groupe de lauriers de Fanal devant une vallée. Crédit photo Gerda Arendt (CC0).
Vidéo de la forêt de Fanal à Madère
Voici une vidéo de la forêt de Fanal à Madère:
Sources pour aller plus loin
- UNESCO — Laurisilva of Madeira : https://whc.unesco.org/en/list/934
- IFCN Madeira — Laurissilva da Madeira : https://ifcn.madeira.gov.pt/pt/areas-protegidas/parque-natural-da-madeira/laurissilva-da-madeira.html
- Visit Madeira — Fanal : https://visitmadeira.com/fr/que-faire/explorateurs-de-la-nature/foret-de-laurissilva/fanal/
- Visit Madeira — PR13 Vereda do Fanal : https://visitmadeira.com/fr/que-faire/explorateurs-de-la-nature/activites/randonnees/pr-13-vereda-do-fanal/
- Visit Madeira — PR14 Levada dos Cedros : https://www.visitmadeira.com/fr/que-faire/explorateurs-de-la-nature/activites/randonnees/pr-14-levada-dos-cedros/
- Kew, Plants of the World Online — Digitalis sceptrum : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:802083-1






