L’artiste Mark Khaisman réalise des tableaux avec du scotch d’emballage, en utilisant des bandes de ruban adhésif brun translucide superposées sur du Plexiglas ou des panneaux rétroéclairés.
Vu comme ça, cela pourrait ressembler à une mauvaise idée de déménagement. Mais une fois éclairées, les couches de scotch créent des ombres, des transparences et des volumes capables de faire apparaître des portraits, des scènes de cinéma ou des images inspirées de la culture populaire.
À retenir :
Mark Khaisman est un artiste né à Kiev, aujourd’hui installé aux États-Unis.
Il utilise du scotch d’emballage brun, souvent posé en couches sur du Plexiglas transparent.
La lumière joue un rôle essentiel : elle révèle les ombres, les contrastes et la profondeur de l’image.
Ses œuvres évoquent parfois la photographie, le cinéma noir, les portraits et les images iconiques du XXe siècle.
Peindre avec du ruban adhésif
La technique de Mark Khaisman repose sur une idée très simple : plus il superpose de couches de scotch, plus la zone devient sombre. Moins il y a de ruban, plus la lumière passe. Le scotch fonctionne donc comme une peinture transparente, ou comme une encre que l’on déposerait par bandes successives.
L’artiste ne peint pas avec un pinceau, mais avec un rouleau de ruban adhésif. Les morceaux sont découpés, orientés, superposés, ajustés. Petit à petit, une image apparaît. Le procédé rappelle le développement d’une photographie : au départ, il n’y a presque rien ; puis le visage, le décor ou la silhouette sortent de la lumière. Un matériau pourtant plus souvent utilisé pour protéger les œuvres d’art, comme les vitrines renforcées avec du scotch durant 14-18, peut aussi devenir une matière artistique à part entière.
Cette logique de création avec un matériau banal rejoint d’autres approches où l’objet du quotidien devient matière picturale. Dans un autre registre, les tableaux en capsules de bouteilles de Jeffrey A. Meszaro montrent eux aussi comment un élément très ordinaire peut devenir image lorsqu’il est accumulé avec patience.
Un art de l’ombre et de la transparence
Le scotch d’emballage brun a une qualité essentielle pour Mark Khaisman : il laisse passer la lumière. Sur un support transparent ou rétroéclairé, chaque couche agit comme un filtre. Une seule bande donne une teinte légère ; plusieurs bandes créent une zone plus sombre.
C’est cette accumulation qui permet de construire les visages, les plis des vêtements, les reflets, les arrière-plans et les contrastes. Le résultat peut rappeler une photographie ancienne, une scène de film ou une image imprimée, mais la matière reste toujours visible.
L’effet est très différent du street art au scotch de Buff Diss, qui utilise aussi le ruban adhésif comme outil graphique, mais dans une logique plus urbaine, linéaire et éphémère. Chez Khaisman, le scotch devient davantage une matière de lumière, presque un vitrail pauvre en budget mais riche en effet.
Des images inspirées du cinéma et de la culture populaire
Mark Khaisman puise souvent dans des images connues : scènes de films, portraits, références à l’histoire de l’art, silhouettes de personnages ou fragments de culture visuelle du XXe siècle. Le scotch lui permet de recréer ces images avec une texture particulière, à la fois brute et lumineuse.
Le spectateur reconnaît d’abord une scène ou un visage. Puis, en s’approchant, il découvre le matériau : des bandes de scotch, parfois très visibles, qui composent toute l’image. C’est ce décalage qui rend le travail efficace. On croit voir une photographie ou une peinture, puis on comprend que tout tient avec du ruban adhésif.
Cette manière de reconstruire un portrait à partir d’une matière inattendue se retrouve aussi dans les portraits en jeans de Ian Berry. Chez Berry, les nuances viennent du denim ; chez Khaisman, elles viennent de la transparence du scotch et de la lumière qui le traverse.
Pourquoi le scotch fonctionne aussi bien en tableau
Le scotch d’emballage a plusieurs qualités inattendues pour l’art : il est translucide, légèrement coloré, facile à découper, et ses couches modifient progressivement l’intensité lumineuse. Il permet donc de travailler avec des valeurs, un peu comme en dessin ou en gravure.
Il donne aussi aux images une texture particulière. Les bords, les superpositions et les raccords ne disparaissent jamais totalement. Ils rappellent la fabrication de l’œuvre, comme si le tableau gardait la trace de son propre bricolage.
Dans le même esprit de matière détournée, les portraits de Michael Volpicelli réalisés avec des mots montrent comment un élément non pictural peut devenir trait, ombre et volume. Le principe change, mais la surprise reste la même : ce que l’on croyait secondaire devient la substance de l’image.
Quelques tableaux avec du scotch d’emballage
Voici quelques œuvres de Mark Khaisman réalisées avec du scotch d’emballage. Elles sont à regarder en deux temps : d’abord comme des images, puis comme des constructions faites de bandes adhésives.
Toutes les photos: crédits Mark Khaisman.
Plus de créations sont visibles sur le site de l’artiste et dans ses galeries en ligne.
Des matériaux pauvres pour des images sophistiquées
Ce qui rend le travail de Mark Khaisman intéressant, c’est justement le contraste entre la modestie du matériau et la complexité de l’image finale. Le scotch d’emballage évoque les cartons, les colis, les déménagements, les réparations rapides. Rien de très noble au départ.
Mais entre les mains de l’artiste, il devient une matière lumineuse, capable de produire des portraits et des scènes très lisibles. Un simple ruban brun se transforme en ombre, en peau, en vêtement, en décor ou en ambiance de film noir.
Dans une autre famille de matériaux détournés, les portraits en LEGO de Gerardo Pontierr jouent aussi sur ce basculement : on reconnaît d’abord l’image, puis on prend conscience de la matière utilisée pour la construire.
Sources pour aller plus loin
• Le site web de Mark Khaisman
• Artsy — How Mark Khaisman Makes History Out of Packing Tape, présentation du procédé de l’artiste
• Bored Panda — Artist Creates Beautiful Art Using Nothing But Packing Tape, galerie et description de ses œuvres en scotch d’emballage
• Pentimenti Gallery — Mark Khaisman, biographie et œuvres récentes
• Hi-Fructose — Mark Khaisman Creates Realistic Portraits Using Packing Tape










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