Le photographe américain William Henry Jackson a réalisé dans les années 1870 une série de portraits d’Indiens Pawnees, pris en studio avec une précision remarquable pour l’époque.
Ces images anciennes montrent des hommes et des femmes pawnees à un moment charnière de l’histoire des peuples autochtones des Grandes Plaines. Elles sont à la fois des documents photographiques précieux, des portraits très composés, et des témoignages visuels à regarder avec prudence, car la photographie du XIXe siècle n’était jamais un simple “clic” neutre posé sur le réel.
À retenir
William Henry Jackson est né en 1843 et mort en 1942. Vétéran de la guerre de Sécession, peintre, explorateur et photographe, il est surtout connu pour ses images de l’Ouest américain.
La série présentée ici montre des Indiens Pawnees photographiés dans les années 1870, à une période où Jackson utilisait notamment le procédé à l’albumine, très courant au XIXe siècle pour produire des tirages détaillés.
Les Pawnees sont un peuple autochtone des Grandes Plaines. La Nation Pawnee rappelle que son histoire s’étend sur plus de 2 000 ans et qu’elle est composée de quatre bandes : Čawî’ “Grand”, Kitkahaki “Republican”, Pitahawirata “Tappage” et Skidi “Wolf”.
William Henry Jackson, photographe de l’Ouest américain
William Henry Jackson n’était pas seulement un portraitiste. Il a été aussi peintre, explorateur et photographe de terrain, associé à plusieurs expéditions dans l’Ouest américain. Ses images de paysages ont contribué à faire connaître au grand public des sites spectaculaires, notamment dans la région de Yellowstone.
Mais son travail ne se limite pas aux montagnes, aux vallées et aux panoramas grandioses. Jackson a aussi photographié des personnes, des délégations autochtones, des scènes de vie et des portraits d’Amérindiens. Son expérience de portraitiste commercial lui a probablement donné une vraie maîtrise de la pose, de la lumière et du cadrage.
Le résultat est visible dans cette série : les visages sont nets, les vêtements soigneusement détaillés, les postures très lisibles. Le XIXe siècle n’avait pas encore Photoshop, mais il savait déjà très bien organiser une image.
Qui étaient les Pawnees ?
Les Pawnees sont un peuple autochtone originaire des Grandes Plaines d’Amérique du Nord. Leur territoire historique couvrait une vaste zone du centre des États-Unis, notamment autour de l’actuel Nebraska, du Kansas et de l’Oklahoma.
Avant les bouleversements liés à la colonisation, aux maladies, aux guerres, aux déplacements forcés et aux politiques américaines d’expansion territoriale, les Pawnees formaient une société complexe, organisée en villages, avec une culture liée à l’agriculture, à la chasse saisonnière et aux cycles des plaines.
Aujourd’hui, la Pawnee Nation of Oklahoma continue d’exister comme nation autochtone reconnue, avec ses institutions, son histoire et ses traditions. C’est un point important : ces portraits ne montrent pas un peuple “disparu”, mais des personnes appartenant à une histoire toujours vivante.
Des portraits anciens, mais pas des images neutres
Ces photos d’Indiens Pawnees sont souvent impressionnantes par leur force visuelle. Les regards, les vêtements, les coiffures et les détails donnent au lecteur moderne une impression de proximité avec des personnes photographiées il y a plus de 150 ans.
Mais il faut se rappeler que ces portraits ont été produits dans un contexte très particulier. Les photographes du XIXe siècle travaillaient avec des contraintes techniques lourdes : temps de pose, studio, lumière, accessoires, attentes du public et regard souvent extérieur sur les peuples autochtones.
Ces images sont donc précieuses, mais elles ne disent pas tout. Elles montrent des individus réels, tout en passant par le filtre du studio, du photographe et de l’époque. En clair : elles documentent, mais elles cadrent aussi. Le cadre, en photographie, n’est jamais innocent — même quand il porte une jolie moulure.
Le procédé à l’albumine
William Henry Jackson utilisait notamment le tirage à l’albumine, un procédé photographique très répandu au XIXe siècle. Il consistait à utiliser du papier enduit d’albumine, généralement issue du blanc d’œuf, puis sensibilisé aux sels d’argent.
Ce procédé permettait d’obtenir des images fines, brillantes et relativement détaillées. Il a été massivement utilisé pour les portraits, les vues de paysages, les cartes de visite et les photographies documentaires.
L’albumine explique en partie la précision de ces portraits anciens. Et oui, une part de l’histoire de la photographie est passée par le blanc d’œuf : avant les capteurs numériques, les images avaient parfois un léger parfum d’omelette technique.
Une série à replacer dans l’histoire des portraits amérindiens
Ces portraits d’Indiens Pawnees s’inscrivent dans une longue tradition photographique consacrée aux peuples autochtones d’Amérique du Nord. Avant Jackson, après Jackson, d’autres photographes ont produit des images devenues aujourd’hui célèbres, parfois admirées, parfois contestées.
Après ces portraits de chefs indiens par Alexander Gardner dans les années 1860, cette série de William Henry Jackson offre un autre regard sur les peuples autochtones photographiés au XIXe siècle.
Dans le même cluster historique, on peut aussi comparer ces images aux portraits d’Amérindiens du début du XXe siècle par Edward S. Curtis, plus tardifs, plus ambitieux dans leur projet documentaire, mais eux aussi chargés de mise en scène et de choix esthétiques.
Galerie : portraits d’Indiens Pawnees par William Henry Jackson
Voici une série de portraits d’Indiens Pawnees pris en studio par William Henry Jackson dans les années 1870.
Toutes les photos: crédits William Henry Jackson.
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Une mémoire photographique fragile
Les portraits Pawnees de William Henry Jackson ont traversé plus d’un siècle. Leur intérêt ne tient pas seulement à leur ancienneté, mais à leur capacité à faire surgir des présences humaines depuis une période très documentée par les archives coloniales, mais trop rarement racontée depuis les personnes représentées.
Ces images ne remplacent pas l’histoire pawnee. Elles n’en sont qu’une petite fenêtre, cadrée par un photographe du XIXe siècle. Mais une fenêtre, quand elle est bien regardée, peut déjà éviter de transformer un peuple en simple décor de Far West.
Sources pour aller plus loin
• The J. Paul Getty Museum — Portraits of Pawnee People, William Henry Jackson, vers 1871, tirage albuminé
• Smithsonian Institution — William Henry Jackson photograph albums, portraits de délégations autochtones et photographies de l’Ouest américain
• Pawnee Nation — Histoire officielle de la Nation Pawnee et présentation des quatre bandes
• Texas State Historical Association — Pawnee Indians : histoire et culture des Pawnees
• Texas Archival Resources Online / SMU — Collection of William Henry Jackson photographs, 1870-1900






















