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Le coco de mer ou cocofesse, la plus grosse graine du monde

Le coco de mer ou cocofesse (Lodoicea maldivica) est un palmier endémique des Seychelles qui produit la plus grosse graine du monde. Sa spectaculaire graine bilobée peut mesurer jusqu’à environ 50 centimètres et atteindre 25 kilogrammes, tandis que le fruit complet peut approcher les 45 kilogrammes.

Mais sa taille n’est qu’une partie de son histoire. La forme très suggestive du cocofesse, sa croissance exceptionnellement lente, ses arbres mâles et femelles séparés et les mystérieuses noix autrefois retrouvées sur les plages de l’océan Indien ont alimenté pendant des siècles légendes, croyances et convoitises.

Cocofesse complet du coco de mer Lodoicea maldivica
Un cocofesse complet, la graine caractéristique du coco de mer (Lodoicea maldivica). Crédit photo Mary Gillham Archive Project (CC BY 2.0).

À retenir

  • Le coco de mer (Lodoicea maldivica) produit la plus grosse et la plus lourde graine connue.
  • Une graine peut atteindre environ 50 cm et 25 kg, tandis que le fruit complet peut peser jusqu’à environ 45 kg.
  • Le palmier pousse naturellement uniquement sur les îles de Praslin et Curieuse aux Seychelles.
  • Le coco de mer est une espèce dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des arbres différents.
  • Le fruit met environ cinq à six ans à mûrir et le palmier peut attendre plusieurs décennies avant de se reproduire.
  • Son commerce est réglementé aux Seychelles et Lodoicea maldivica est classé En danger par l’UICN.

Le coco de mer produit la plus grosse graine du monde

Le record mérite une petite précision botanique : ce n’est pas exactement le fruit entier qui constitue la plus grosse graine du monde.

Le fruit du coco de mer est une énorme drupe pouvant mesurer environ 40 à 50 centimètres et peser jusqu’à 45 kg. À l’intérieur se trouvent une ou plusieurs graines, généralement une seule, dont la plus grosse peut atteindre environ 25 kg et 50 cm.

C’est cette graine qui détient le record mondial.

Autrement dit, lorsqu’on parle de « noix de coco géante » ou de « cocofesse », on mélange souvent fruit, noyau et graine dans le langage courant. Cela n’empêche pas l’ensemble d’être démesuré : même les fruits de plusieurs kilogrammes de l’arbre boulet de canon paraissent plutôt modestes à côté.

Fruit du coco de mer Lodoicea maldivica aux Seychelles


Des fruits de Lodoicea maldivica. Crédit photo Jerzy Strzelecki (CC BY 3.0).

Le cocofesse est-il un fruit ou une graine ?

La confusion est compréhensible : le terme « coco de mer » sert couramment à désigner aussi bien le palmier, son fruit que sa spectaculaire graine.

Le fruit possède une enveloppe externe fibreuse. À l’intérieur se trouve une structure dure contenant la graine gigantesque. Certains fruits possèdent même plusieurs graines.

Fruit de coco de mer contenant trois graines géantes
Un fruit de coco de mer contenant trois graines, photographié aux National Botanic Gardens de Dublin. Crédit photo Chb (CC BY-SA 3.0).

Pourquoi l’appelle-t-on cocofesse ?

Il suffit généralement de regarder la graine pour comprendre.

Sa forme bilobée évoque avec assez peu d’ambiguïté un bassin et des fesses humaines. Le surnom français « cocofesse » s’est donc imposé assez naturellement, aux côtés de noms comme coco jumeau, double coconut ou love nut.

La botanique produit régulièrement ce genre de rapprochement anatomique. Dans un registre comparable, la morelle mammiforme est surnommée « pomme téton » en raison de ses fruits tout aussi suggestifs.

Cocofesse ou graine du coco de mer vue de face


La forme bilobée caractéristique de la graine du coco de mer explique immédiatement son surnom de cocofesse. Crédit photo Reed Wiedower (CC BY-SA 2.0).

Pourquoi parle-t-on de cocofesse mâle et femelle ?

La formule « coco fesse mâle » est courante, mais elle est botaniquement trompeuse.

Ce ne sont pas les graines qui sont mâles ou femelles : le coco de mer est une espèce dioïque. Cela signifie que les fleurs mâles et les fleurs femelles poussent sur des palmiers différents.

Les pieds femelles produisent les énormes fruits contenant les fameuses graines en forme de postérieur. Les palmiers mâles portent quant à eux de longues inflorescences cylindriques pouvant dépasser un mètre.

Leur forme phallique n’a évidemment pas échappé aux observateurs.

Inflorescence mâle du coco de mer Lodoicea maldivica
Inflorescence d’un palmier coco de mer mâle. Crédit photo Efraimstochter, via Pixabay.

Cette étonnante complémentarité visuelle entre fruits femelles et inflorescences mâles a largement participé à la réputation érotique de l’espèce.

Des légendes racontent même que les palmiers mâles et femelles se rejoignent secrètement pendant la nuit pour s’accoupler, et que surprendre leurs ébats porterait très sérieusement malheur au curieux.

Les prétendues vertus aphrodisiaques attribuées au coco de mer appartiennent en revanche au folklore : aucune efficacité de ce type n’a été démontrée scientifiquement.

Cocofesse ou coco de mer photographié à Praslin aux Seychelles
Un cocofesse ou coco de mer (Lodoicea maldivica) photographié à Praslin, aux Seychelles. Crédit photo Thomas Gee (CC BY 2.0).

Un palmier qui ne pousse naturellement qu’aux Seychelles

Malgré son nom scientifique Lodoicea maldivica, le coco de mer n’est pas originaire des Maldives.

Son aire naturelle est extrêmement réduite : les populations sauvages sont limitées aux îles seychelloises de Praslin et Curieuse.

La Vallée de Mai, sur Praslin, abrite la plus grande forêt intacte dominée par le coco de mer. Cette réserve de seulement 19,5 hectares est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983.

Le palmier peut dépasser 25 mètres de hauteur et ses immenses feuilles renforcent encore l’impression de se promener dans une forêt sortie d’un autre âge.

Coco de mer dans la Vallée de Mai à Praslin aux Seychelles
Un coco de mer (Lodoicea maldivica) dans la Vallée de Mai, sur l’île de Praslin aux Seychelles. Crédit photo prilfish (CC BY 2.0).

Pourquoi la graine du coco de mer est-elle devenue aussi énorme ?

Produire une graine de 20 ou 25 kg semble être une stratégie assez extravagante. Pourtant, l’évolution du coco de mer s’inscrit dans une lignée de palmiers déjà caractérisée par de grosses graines.

Son isolement sur les Seychelles a ensuite poussé ce gigantisme particulièrement loin.

Une énorme graine contient d’importantes réserves nutritives. Dans la forêt sombre de Praslin, ces ressources donnent à la jeune plante de quoi développer ses premières feuilles et ses racines avant de devenir totalement autonome.

Des recherches ont également montré que le coco de mer possède une étonnante économie des nutriments : ses grandes feuilles peuvent canaliser l’eau et la matière organique vers le pied de l’arbre, un avantage appréciable sur les sols relativement pauvres des îles granitiques.

Le revers de la médaille est évident : fabriquer une graine pareille demande énormément de temps et d’énergie. Le palmier mise donc sur quelques descendants lourdement équipés plutôt que sur des milliers de petites graines dispersées au hasard.

Fruits du coco de mer dans la Vallée de Mai à Praslin aux Seychelles


Des cocos de mer dans leur environnement naturel de la Vallée de Mai, sur l’île de Praslin. Crédit photo Radosław Botev (CC BY 3.0 PL).

Une graine qui met des années à arriver à maturité

Le coco de mer ne connaît manifestement pas l’urgence.

Selon la Seychelles Islands Foundation, un fruit femelle met généralement cinq à six ans à mûrir sur l’arbre. Une fois tombée au sol, la graine met encore généralement quelques mois à germer.

Et ce n’est que le début de l’attente.

Le jeune palmier peut rester longtemps sans véritable tronc et n’atteint sa maturité reproductive qu’après environ 15 à 50 ans, selon les individus et les conditions.

Sa longévité exacte reste difficile à mesurer. La Seychelles Islands Foundation estime toutefois qu’un coco de mer peut vivre plus de deux siècles.

Cette lenteur extrême aide à comprendre pourquoi le prélèvement illégal des graines représente une menace sérieuse : chaque graine retirée de la forêt est une possibilité de régénération en moins, et il faut plusieurs décennies pour qu’un nouveau palmier puisse lui-même produire des fruits.

Pourquoi l’appelle-t-on « coco de mer » ?

L’une des plus belles histoires entourant le cocofesse est née bien loin de son arbre.

Pendant des siècles, des noix vides ont été retrouvées sur les côtes des Maldives, de l’Inde et d’autres régions de l’océan Indien alors que personne n’y connaissait le palmier qui les produisait.

Leur origine était donc mystérieuse.

Une croyance voulait qu’elles proviennent d’un arbre gigantesque poussant au fond de l’océan. Le nom de « coco de mer » est resté, tout comme le nom scientifique maldivica, hérité de cette association historique avec les Maldives.

La réalité est presque aussi curieuse.

Contrairement à une noix de coco classique, un coco de mer frais est beaucoup trop dense pour flotter efficacement et coloniser une autre île. Lorsque son enveloppe et ses tissus internes se dégradent suffisamment, une noix peut devenir flottante et dériver avec les courants.

Mais à ce stade, elle n’est plus capable de germer.

Les mystérieux cocos échoués sur les plages pouvaient donc voyager très loin sans jamais permettre à l’espèce de coloniser naturellement ces rivages.

Une « noix d’amour » entourée de légendes

L’origine marine supposée, la rareté de la graine et sa silhouette humaine ont transformé le coco de mer en objet prestigieux bien avant que les naturalistes comprennent son origine.

Les noix ont été collectionnées, polies, sculptées et parfois ornées. Des propriétés médicinales ou aphrodisiaques leur ont également été attribuées sans preuve scientifique.

La graine possède cependant une qualité esthétique difficile à nier : chaque cocofesse présente des courbes légèrement différentes, presque comme une empreinte.

Une singularité comparable à d’autres fruits étonnants par leur aspect plutôt que leur taille, à l’image de la baie de marbre et son extraordinaire couleur bleue métallique.

Peut-on acheter et rapporter un cocofesse des Seychelles ?

Oui, mais pas n’importe lequel et pas n’importe comment.

Aux Seychelles, le commerce des cocos de mer matures est réglementé. Les vendeurs doivent disposer d’une licence et les noix proposées à la vente doivent porter une étiquette officielle approuvée par le département de l’Environnement.

Il faut donc éviter absolument les noix proposées clandestinement ou dépourvues de marquage réglementaire.

Lodoicea maldivica figure également à l’Annexe III de la CITES à la demande des Seychelles. La réglementation internationale concerne notamment certaines parties et certains produits issus de la graine.

Pour un voyageur, la règle pratique est simple : acheter uniquement auprès d’un vendeur autorisé, conserver les documents et vérifier les conditions d’exportation et d’importation avant le départ.

Les prix étant variables selon les dimensions, la finition et le marché, donner ici un tarif précis risquerait surtout de rendre l’article rapidement périmé.

Le cocofesse est une espèce menacée

Le coco de mer est actuellement classé En danger sur la Liste rouge de l’UICN.

La Seychelles Islands Foundation cite notamment parmi ses menaces le prélèvement illégal de noix, les incendies, les espèces exotiques envahissantes et les effets du changement climatique.

La population sauvage est d’autant plus vulnérable que l’aire naturelle de l’espèce est minuscule et que son cycle de reproduction est extrêmement lent.

Le coco de mer n’est donc pas seulement une curiosité botanique ou une graine record. C’est aussi l’une des plantes emblématiques des Seychelles et une pièce majeure de l’écosystème des forêts de palmiers de Praslin et Curieuse.

Dans la catégorie des records végétaux nettement plus faciles à soulever, la plus grosse fraise du monde semble presque raisonnable à côté de cette graine de plusieurs dizaines de kilogrammes.

Coco de mer ou cocofesse, la plus grosse graine du monde
Un coco de mer ou cocofesse, la graine géante produite par Lodoicea maldivica. Crédit photo Muséum de Toulouse (CC BY-SA 2.0).

Le coco de mer en vidéo

Voici un reportage consacré à ce palmier hors norme et à ses fameuses « love nuts » :

Sources pour aller plus loin

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