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10 incroyables animaux sans yeux

Il existe des animaux sans yeux qui donnent presque l’impression que la vue est un luxe facultatif. Araignée, poisson, salamandre, crustacé ou minuscule hydre : plusieurs espèces ont évolué dans des milieux où la lumière est absente ou presque, notamment dans les grottes et les eaux souterraines.

Mais « sans yeux » ne signifie pas toujours exactement la même chose. Certains animaux de cette liste sont réellement dépourvus d’yeux externes, tandis que d’autres possèdent encore de minuscules structures oculaires enfouies sous la peau ou des yeux extrêmement régressés. Tous illustrent cependant à leur manière jusqu’où l’évolution peut aller lorsque voir ne sert plus à grand-chose.

Adelocosa anops, araignée-loup des grottes de Kauai entièrement dépourvue d'yeux
L’araignée-loup des grottes de Kauai (Adelocosa anops), l’une des rares araignées réellement dépourvues d’yeux. Crédit photo Gordon Smith / USFWS (domaine public).

À retenir

  • Certains animaux sont réellement dépourvus d’yeux, tandis que d’autres possèdent des yeux vestigiaux ou enfouis sous la peau.
  • La vie dans l’obscurité favorise souvent la régression des yeux et de la pigmentation.
  • Les animaux cavernicoles compensent généralement avec d’autres sens : toucher, odorat, détection des vibrations ou perception chimique.
  • Le tétra mexicain développe même des yeux pendant son stade embryonnaire avant qu’ils ne dégénèrent.
  • Être aveugle et être anatomiquement sans yeux sont donc deux choses différentes.

1. L’araignée-loup des grottes de Kauai (Adelocosa anops)

L’araignée-loup des grottes de Kauai constitue l’un des cas les plus nets de cette liste d’animaux sans yeux : elle est totalement dépourvue d’yeux. C’est même le seul représentant connu des araignées-loups chez lequel les yeux ont complètement disparu.

Elle ne vit que dans quelques cavités du bassin de Koloa, sur l’île hawaïenne de Kauai, où les tubes de lave offrent un environnement obscur et très stable. Les adultes mesurent environ 13 à 19 mm, avec un céphalothorax brun rougeâtre, un abdomen plus clair et des pattes orangées.

Comme les autres araignées-loups, elle ne construit pas de toile pour capturer ses proies. Elle chasse activement sur le sol des grottes et peut détecter la présence de petits animaux grâce notamment à ses longs poils sensoriels.

Son alimentation semble reposer en grande partie sur Spelaeorchestia koloana, un petit amphipode cavernicole lui aussi endémique de Kauai. L’araignée peut également capturer de petits arthropodes introduits qui pénètrent occasionnellement dans les grottes.

Sa répartition minuscule la rend particulièrement vulnérable : l’espèce est protégée aux États-Unis depuis 2000.

2. L’écrevisse américaine des grottes du Sud (Orconectes australis)

Orconectes australis, écrevisse cavernicole pâle adaptée à la vie sans lumière


Orconectes australis, une écrevisse cavernicole du sud des États-Unis. Crédit photo Marshal Hedin (CC BY-SA 2.5).

Cette écrevisse cavernicole vit dans les eaux souterraines du sud-est des États-Unis, notamment sur le plateau de Cumberland, entre Alabama et Tennessee.

Son corps est très pâle et ses yeux sont extrêmement régressés. Ils ont perdu les structures nécessaires à une véritable vision, même si l’animal reste capable de réagir à certains stimuli lumineux par d’autres mécanismes.

Dans l’obscurité, ses longues antennes et antennules jouent un rôle essentiel. Elles lui permettent d’explorer son environnement, de détecter les obstacles et de repérer les signaux chimiques laissés par d’autres animaux ou par une nourriture potentielle.

L’espèce est prédatrice et opportuniste dans cet écosystème souterrain pauvre en ressources. Les écrevisses cavernicoles peuvent notamment consommer de petits invertébrés et constituent elles-mêmes des prédateurs importants de la faune des grottes.

Sa longévité a longtemps alimenté des chiffres spectaculaires. Une ancienne estimation lui attribuait plus de 170 ans, mais les travaux modernes retiennent plutôt une durée de vie d’environ 22 ans. C’est déjà beaucoup pour une écrevisse.

3. Le tétra mexicain ou characin aveugle (Astyanax mexicanus)

Astyanax mexicanus, tétra mexicain cavernicole aveugle aux yeux dégénérés
Forme cavernicole du tétra mexicain (Astyanax mexicanus). Crédit photo Syrio (CC BY-SA 4.0).

Le tétra mexicain est probablement l’un des animaux cavernicoles les plus étudiés au monde.

L’espèce possède deux grands types de populations : des poissons de surface normalement pigmentés et dotés de grands yeux fonctionnels, et plus de trente populations cavernicoles présentant différents degrés de dépigmentation et de régression oculaire.

Chez les formes cavernicoles, les yeux commencent pourtant à se former normalement pendant le développement embryonnaire. Leur croissance s’interrompt ensuite, notamment par dégénérescence du cristallin et de la rétine. Chez l’adulte, de minuscules rudiments restent enfouis profondément dans les orbites.

La perte des yeux n’est d’ailleurs pas leur seule adaptation. Ces poissons possèdent davantage de neuromastes sur leur ligne latérale, davantage de papilles gustatives, une mâchoire plus développée et modifient leur comportement alimentaire pour exploiter au mieux les rares ressources disponibles dans les grottes.

Ils constituent donc un exemple spectaculaire de ce que les biologistes appellent l’évolution régressive : certaines structures diminuent ou disparaissent, tandis que d’autres systèmes sensoriels se développent.

Sa dépigmentation n’est d’ailleurs pas un albinisme classique. Pour voir à quoi ressemblent de véritables cas d’animaux albinos, le contraste est assez parlant.

4. Le lézard aveugle sans pattes Dibamus dalaiensis

Dibamus dalaiensis, lézard aveugle sans pattes découvert dans les Cardamomes au Cambodge


Femelle paratype de Dibamus dalaiensis, avec sa bande claire derrière la tête. Crédit photo Thy Neang, Jeremy Holden, Toby Eastoe, Rathea Seng, Saveng Ith et Lee Grismer (CC BY, via Plazi/GBIF).

Découvert dans le massif des Cardamomes au Cambodge et décrit scientifiquement en 2011, Dibamus dalaiensis ressemble davantage à un gros ver de terre qu’à l’image classique que l’on se fait d’un lézard.

Il peut atteindre environ 12,8 cm sans compter la queue, cette dernière représentant encore 18 à 22 % de la longueur du corps. Les femelles sont totalement dépourvues de membres, tandis que les mâles des Dibamidés conservent de minuscules vestiges de pattes postérieures.

L’espèce vit dans la forêt humide de Phnom Dalai, à plus de 1 000 mètres d’altitude. Les spécimens connus ont été découverts sous des troncs pourris ou dans un sol meuble, ce qui confirme un mode de vie essentiellement souterrain.

Ses yeux sont fortement réduits et dissimulés sous les écailles. Son museau et ses capacités chimiques jouent probablement un rôle beaucoup plus important que la vision pour se déplacer et trouver sa nourriture.

Les scientifiques soupçonnent un régime composé notamment de vers, fourmis et termites, mais l’espèce reste extrêmement mal connue et n’est toujours documentée que dans une zone très restreinte du Cambodge.

Son apparence rappelle vaguement certains amphibiens serpentiformes comme Atretochoana eiselti, l’étrange « serpent pénis », même si les deux animaux appartiennent à des groupes totalement différents.

5. La salamandre aveugle du Texas (Eurycea rathbuni)

Eurycea rathbuni, salamandre aveugle du Texas aux yeux réduits et branchies rouges
Salamandre aveugle du Texas (Eurycea rathbuni). Crédit photo Ryan Hagerty / USFWS (domaine public).

La salamandre aveugle du Texas vit toute sa vie dans les eaux souterraines de l’aquifère Edwards, autour de San Marcos, au Texas.

Les adultes atteignent environ 12 cm. Leur corps est dépigmenté, leurs membres sont longs et fins et leurs yeux sont fortement réduits. Leurs grandes branchies externes rouges ressortent particulièrement sur la peau pâle.

Cette salamandre est un prédateur actif. Elle se nourrit notamment d’amphipodes, de petites crevettes aveugles, de daphnies, d’escargots et d’autres invertébrés aquatiques.

Lorsqu’elle chasse, elle balance sa large tête d’un côté à l’autre. Ce mouvement l’aide à détecter les ondes de pression produites par les petites proies qui nagent dans l’eau presque immobile des cavités souterraines.

Cette espèce est étroitement dépendante de la qualité de l’aquifère Edwards. Toute modification du niveau ou de la qualité de l’eau peut donc affecter directement sa survie.

Pour comparaison, l’axolotl est une autre salamandre aquatique aux adaptations étonnantes : lui conserve des yeux fonctionnels, mais reste toute sa vie sous une forme larvaire avec ses célèbres branchies externes.

6. Le poisson-chat aveugle Satan eurystomus

Avec un nom pareil, difficile de passer inaperçu malgré l’absence d’yeux.

Satan eurystomus vit dans l’obscurité totale de l’aquifère Edwards, environ 275 mètres sous San Antonio, au Texas.

Ce poisson-chat dépigmenté ne présente aucun œil visible extérieurement. Il possède également une tête large et une bouche particulièrement développée, d’où son nom anglais de « widemouth blindcat ».

Son habitat est tellement profond qu’il est pratiquement impossible à observer directement. Les spécimens connus ont été remontés à la surface par des puits agricoles ou artésiens puis récupérés par les scientifiques.

Il occupe probablement un niveau relativement élevé dans la chaîne alimentaire souterraine et se nourrit de différents invertébrés disponibles dans l’aquifère.

L’animal reste extrêmement mystérieux : aucun spécimen confirmé n’a été capturé depuis 1978. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il a disparu, mais simplement que son habitat est particulièrement difficile à échantillonner.

Les poissons-chats réservent décidément quelques étrangetés : à l’opposé de ce prédateur souterrain privé d’yeux, le poisson-chat à l’envers Synodontis nigriventris passe une grande partie de sa vie à nager ventre vers la surface.

7. L’hydre d’eau douce (Hydra vulgaris)

Hydra vulgaris, petit animal d'eau douce dépourvu d'yeux
Hydre d’eau douce (Hydra vulgaris). Crédit photo Samantha Makrocka (CC BY 4.0).

L’hydre constitue un cas très différent des animaux cavernicoles précédents.

Ce minuscule cnidaire d’eau douce ne possède tout simplement pas d’yeux. Son corps tubulaire mesure généralement quelques millimètres et se termine par plusieurs tentacules chargés de cellules urticantes, les cnidocytes.

Elle utilise ces tentacules pour capturer de minuscules crustacés, larves et autres petites proies aquatiques.

Et pourtant, une hydre sans yeux perçoit bel et bien la lumière. Des expériences récentes montrent même que des hydres affamées se déplacent activement vers une source lumineuse, alors que ce comportement diminue lorsqu’elles viennent de manger.

L’hydre est aussi devenue un organisme modèle en biologie grâce à ses extraordinaires capacités de régénération. Elle renouvelle continuellement ses cellules souches et certaines lignées de Hydra vulgaris montrent une sénescence extrêmement faible en laboratoire.

Cela ne signifie pas qu’elle soit littéralement immortelle : elle peut mourir de maladie, de prédation ou de conditions défavorables. Mais son vieillissement biologique reste exceptionnel.

8. La galathée aveugle de Lanzarote (Munidopsis polymorpha)

Munidopsis polymorpha, crustacé cavernicole très pâle de Lanzarote aux yeux fortement réduits
Munidopsis polymorpha dans les eaux souterraines de Lanzarote. Crédit photo Frank Vassen (CC BY 2.0).

Avec son corps blanc et ses minuscules yeux, Munidopsis polymorpha est souvent appelée « crabe albinos aveugle ». Les trois mots sont en réalité assez trompeurs.

Ce n’est pas un véritable crabe mais une galathée, un crustacé anomoure apparenté aux squat lobsters. Sa couleur blanche correspond surtout à une absence de pigmentation adaptée au milieu souterrain.

Elle est endémique de Lanzarote, aux îles Canaries, et vit dans les eaux souterraines salées du gigantesque tube volcanique de La Corona, notamment à Jameos del Agua et dans le Túnel de la Atlántida.

L’adulte mesure au maximum environ 2 cm. À Jameos del Agua, où un peu de lumière pénètre et permet le développement d’algues, les densités peuvent atteindre près de 180 individus par mètre carré.

Ses yeux sont extrêmement réduits : ils comportent très peu d’éléments optiques et ne permettent probablement pas de former une image utilisable. Mais une étude publiée en 2022 a montré qu’ils détectent encore la lumière.

La galathée évite ainsi les zones éclairées. Elle est donc très mal voyante, presque aveugle, mais pas totalement incapable de percevoir la lumière.

9. Le characin aveugle du Brésil (Stygichthys typhlops)

Ce petit poisson cavernicole brésilien a une histoire scientifique assez extraordinaire.

Stygichthys typhlops a d’abord été décrit à partir d’un unique spécimen découvert dans l’État du Minas Gerais. Pendant plusieurs décennies, personne ne savait réellement où vivait l’espèce ni même si elle existait toujours.

Elle a finalement été retrouvée dans les années 2000 dans des eaux souterraines de la région de Jaíba.

Son corps est très pâle et aucun œil externe n’est visible. Contrairement à ce qu’affirmait l’ancienne version de cet article, rien ne montre qu’il « voit avec les pigments de sa peau ».

Les recherches génétiques publiées en 2023 révèlent en revanche des adaptations remarquablement similaires à celles observées chez d’autres poissons cavernicoles, notamment des modifications de gènes liés à la vision, à la pigmentation et aux rythmes circadiens.

L’espèce reste extrêmement localisée et dépendante d’un milieu souterrain très particulier, ce qui la rend vulnérable aux modifications des nappes phréatiques.

10. Le protée anguillard (Proteus anguinus)

Proteus anguinus, salamandre cavernicole aveugle aux yeux vestigiaux sous la peau


Protée anguillard photographié au laboratoire souterrain du CNRS à Moulis, en Ariège. Crédit photo Javier Ábalos Alvarez (CC BY-SA 2.0).

Le protée anguillard est l’un des animaux emblématiques des grottes des Balkans.

Cet amphibien entièrement aquatique possède un corps serpentiforme très pâle pouvant atteindre environ 30 à 40 cm. Il passe toute sa vie dans les eaux souterraines froides des régions karstiques.

Ses yeux existent encore, mais ils sont extrêmement réduits et recouverts par la peau. L’animal reste cependant sensible à la lumière.

Le protée compense cette vision presque inexistante par une véritable panoplie sensorielle : odorat, goût, détection des mouvements de l’eau et électroréception. Ces systèmes lui permettent de trouver des amphipodes, petits crustacés, larves d’insectes et autres invertébrés dans l’obscurité totale.

Sa longévité est exceptionnelle pour un amphibien. Les études menées sur des populations maintenues en captivité donnent un âge moyen proche de 68 ans et suggèrent qu’un individu peut dépasser 100 ans.

Il possède également un métabolisme extrêmement lent, une adaptation utile dans un milieu où les repas peuvent être très espacés.

Une révision taxonomique récente montre enfin que les protées des Balkans cachent une diversité beaucoup plus importante qu’on ne le pensait, plusieurs lignées distinctes ayant longtemps été regroupées sous le seul nom Proteus anguinus.

Animaux sans yeux : pourquoi la vue disparaît-elle dans les grottes ?

Fabriquer et entretenir des yeux, une rétine et les régions nerveuses associées demande de l’énergie.

Dans une grotte plongée dans l’obscurité permanente, cette dépense n’apporte pratiquement aucun avantage. Au fil de l’évolution, des mutations entraînant une réduction des yeux peuvent donc se maintenir, tandis que d’autres sens deviennent beaucoup plus importants.

Les animaux cavernicoles développent ainsi souvent une meilleure sensibilité aux vibrations, aux courants d’eau, aux substances chimiques ou au toucher.

Ce phénomène ne se limite pas à la vision : dépigmentation, ralentissement du métabolisme et changements des rythmes biologiques sont également fréquents.

Les grottes peuvent d’ailleurs produire des adaptations beaucoup plus inattendues encore, comme dans la grotte mexicaine où des serpents chassent des chauves-souris en se suspendant au plafond.

Sources pour aller plus loin

Pas forcément sans yeux mais aveugle, découvrez également le serpent fil de la Barbade, le plus petit serpent du monde.

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2 commentaires sur “10 incroyables animaux sans yeux”

  1. Retour de ping : 19 macrophotographies d'yeux - 2Tout2Rien

  2. Bonjour,
    Un Orvet !!!
    En 2014 pour une intervention technique sur la centrale hydroélectrique de KONI Haut KATANGA? sur la piste un énorme iules « 40 Cm » environ !
    Après une observation rapprochée !!! d’un noir brillant dont les extrémités du corps avez un diamètre identique.
    Seule orifice ! une bouche,  » absence de traces d’orbites et d’œil.
    Merci pour de plus amples informations.
    Meilleures salutations,
    Joseph Vinatier

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